
LE
COMMERCE ÉLECTRONIQUE DANS LE MONDE ET LE CYBERSEXISME
la CNUCED
(Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement
) a
présenté le 15 novembre 2002
son rapport sur le commerce électronique et le développement
.
Selon ce rapport , le
commerce électronique pourrait être une mine d´or
pour les femmes des pays en développement, si....
Les femmes ne
pourront tirer parti du commerce électronique qu´après
avoir surmonté divers obstacles liés à l´éducation,
à l´infrastructure ou au financement.
Si les femmes se taillent déjà une place sur le marché
en pleine expansion des services externalisés, c´est
généralement en bas de l´échelle des
compétences et des salaires, (ce qui n'étonnera personne).
Elles risquent donc de se laisser distancer par les nouvelles technologies
à moins qu´elles-mêmes, et les gouvernements
dont elles dépendent, ne prennent dès maintenant
les mesures nécessaires .
Les femmes du
monde en développement exerçant une activité
indépendante, à la tête d´une microentreprise
ou chez elles, se tournent de plus en plus vers le commerce électronique
et l´Internet comme source de revenus, et pour économiser
du temps et de l´argent tout en continuant à s´occuper
de leur famille.
L´expansion
du commerce électronique d´entreprise à consommateur
ou commerce de détail offre de nombreuses possibilités
aux petites entreprises qui ont accès aux technologies de
l´information (TI). Or ces entreprises, qui ont l´avantage
d´exiger un faible niveau de capitaux et de compétences,
appartiennent souvent à des femmes. Les exemples de réussite
spectaculaire nous viennent de chaque continent.
- En Inde,
un marché électronique appelé IndiaShop
permet de ne plus avoir recours à des intermédiaires
pour vendre des saris.
- Au Pérou,
un réseau national de femmes au foyer, Tortasperu,
spécialisé dans la confection de pâtisseries
vendues sur l´Internet, fournit un emploi lucratif à
des mères au foyer, tout en apportant au pays des devises
dont il a grand besoin.
- L´Éthiopie
a ouvert une boutique de cadeaux sur l´Internet
où des productrices vendent costumes traditionnels,
aliments et épices.
- En Egypte,
en Jordanie, au Liban, au Maroc et en Tunisie des produits
faits main par des femmes artisans sont commercialisés
par l´intermédiaire d´un magasin virtuel appelé
Elsouk.
En Asie,
les femmes ont toujours plus de possibilités car les entreprises
recourent de plus en plus aux services à distance pour exécuter
des opérations qui d´ordinaire se faisaient en interne.
Les femmes
dirigent 35 % des petites et moyennes entreprises (PME). Mais ce
type de commerce électronique est limité à
certains secteurs du marché, déterminés
essentiellement par l´infrastructure et la puissance commerciale
du pays concerné. Des produits comme les vêtements
et l´artisanat ne peuvent être livrés en ligne
et l´Internet sert surtout à faire de la publicité,
passer des commandes et, parfois, en obtenir le paiement, ce qui
n´est pas sans difficulté dans les pays en développement
où des moyens sûrs de paiement en ligne ne sont pas
encore mis en place ou acceptés.
Des femmes ont trouvé un créneau en se spécialisant
dans l´achat ou la vente d´information plutôt
que de biens.
- Au Bangladesh,
elles achètent des téléphones cellulaires
à Grameen Phone et assurent des services payants
de téléphonie mobile dans leur boutique ou sur
les marchés locaux;
- En Inde
et en Malaisie, des journalistes indépendantes
travaillent en ligne.
La CNUCED constate
dans son rapport que le secteur du commerce d´entreprise à
entreprise est le plus prometteur pour les femmes.
La possibilité
de transférer des données numériques en ligne,
à supposer qu´existent l´infrastructure et la
largeur de bande nécessaires, conduit les entreprises des
pays développés et des pays en développement
à délocaliser certaines opérations dans
des lieux éloignés et généralement moins
coûteux. Les sites les plus recherchés sont ceux où
la main-d´uvre est bon marché, sait se
servir d´un ordinateur et connaît l´anglais. Or,
cette main-d´uvre est essentiellement féminine.
Les
perspectives du télétravail
L´expansion
mondiale des services logiciels et informatiques a élargi
les perspectives d´emploi pour les femmes. Dans certains pays
d´Asie et d´Amérique latine, plus de 20 %
des professionnels des services logiciels sont des femmes.
On s´attend à une explosion de la demande mondiale
de services informatiques. Mais si ce type de travail recouvre toute
une gamme de compétences, qui vont de la saisie des données
à la programmation de logiciels et à l´analyse
de système, les femmes sont généralement recrutées
pour des opérations qui exigent des connaissances moins
pointues (voir tableau).
La CNUCED prévient
:, la prochaine génération de changements technologiques,
par exemple dans les domaines de la reconnaissance vocale et du
traitement de l´image informatique, risque de rendre certaines
de ces compétences moins utiles sur le marché international.
Avec le développement du commerce électronique, la
sous-traitance ne cesse de gagner du terrain dans des domaines comme
la gestion des réseaux et des centres de données,
l´appui à l´utilisateur final et l´accueil
de serveurs Web. Les femmes ne pourront renforcer leur présence
dans ces services qu´en se perfectionnant dans l´utilisation
de l´Internet. Mais entre-temps, le télétravail
est devenu l´une des formes les plus courantes de sous-traitance.
Il permet aux femmes, en particulier, de travailler chez elles ou
à partir de centrales d´appel ou d´antennes,
selon les besoins de l´employeur.
Si l´on
ne constate aucune préférence uniforme pour tel ou
tel type de télétravail parmi les femmes des pays
en développement, ce sont l´âge et l´étape
de la vie à laquelle elles se trouvent qui déterminent
leur choix. Les femmes jeunes et moins expérimentées
ont tendance à travailler dans des centrales d´appel
tandis que les femmes plus mûres qui ont des enfants et possèdent
des compétences spécialisées préfèrent
souvent travailler chez elles, en particulier lorsqu´il n´existe
pas de garderies d´enfants. Les auteurs du rapport précisent
que les formes institutionnelles de télétravail sont
généralement plus attrayantes, tant pour les jeunes
mères que pour la direction qui peut ainsi plus facilement
contrôler et encadrer les employés.
Les
femmes et la fracture numérique.
Dans les pays
développés comme dans les pays en développement,
les femmes occupent des positions subalternes dans les professions
informatiques et sont pratiquement absentes des postes de direction
- et ce bien que les politiques de formation leur offrent théoriquement
une égalité de chances. Les femmes productrices de
technologies de l´information, en tant que fournisseurs de
contenus Internet, conceptrices de sites Web, programmatrices ou
spécialistes du dépannage informatique, ne sont
pas légion.
Aux États-Unis,
où la moitié des internautes sont des femmes, celles-ci
représentent 85 % des spécialistes de la saisie des
données et une minorité des cadres intermédiaires
ou supérieurs.
La disparité
est probablement plus importante dans les pays en développement
où la proportion des femmes qui utilisent l´Internet
est encore plus faible, allant de 38 % en Amérique latine
à 6 % au Moyen-Orient en passant par 22 % en Asie (voir
tableau).
Combattre
le "cybersexisme"
Mais les expériences
des pays développés ne se reproduiront pas nécessairement
dans les pays en développement. Le rapport montre que lorsque
les filles et les femmes se familiarisent suffisamment tôt
avec les sciences, les technologies, l´informatique et l´Internet,
elles peuvent faire mieux que les garçons et les hommes.
L´utilisation
collective d´installations téléphoniques et
pour l´Internet peut aussi aider les femmes à surmonter
les difficultés d´accès et d´infrastructure
et réduire le fossé numérique qui se creuse
entre pays et entre sexes, prévenant ce que l´Union
internationale des télécommunications (UIT) appelle
la "menace du cybersexisme".
La téléphonie
mobile et d´autres technologies contribuent aussi à
réduire les différences.
Outre le manque
d´accès à l´infrastructure et à
l´éducation, la pénurie de capitaux est
le troisième grand obstacle entre les femmes et le commerce
électronique. Il faut aussi compter avec des facteurs sociaux
et culturels: dans certaines sociétés, les femmes
ont moins de temps libre, elles ne gèrent pas les revenus
ou les avoirs de la famille, elles sont moins éduquées
que les hommes et doivent passer le plus clair de leur temps chez
elles.
Autre obstacle,
la langue. L´Amérique et le Royaume-Uni étant
les principaux fournisseurs de contrats de sous-traitance, la
maîtrise de l´anglais est capitale. Le rapport souligne
par ailleurs que la tendance croissante à des contenus multilingues
offre bien des possibilités de développer des logiciels
de traduction et des sites Web.
En outre, les
grands marchés des TIC se heurtent aujourd´hui à
une sérieuse pénurie de compétences technologiques,
et l´écart entre l´offre et la demande devrait
atteindre 28 % d´ici à 2004. La pénurie de main-d´uvre
se fera surtout sentir en Amérique latine (63 %), en Europe,
au Moyen-Orient et en Afrique (40 %) et, dans une moindre mesure,
en Amérique du Nord (27 %) et en Asie et dans le Pacifique
(12 %).
Cette situation
est prometteuse pour les femmes dont le taux d´activité
est en augmentation dans les pays en développement.
La CNUCED en
conclut que l´Internet peut permettre aux femmes et aux hommes
de lutter à armes égales.
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