
Les
weblogs : du journal intime à la Blogosphère
Publier
sur le web des pages dynamiques sans connaître une ligne d'HTML
ni d'XML ni de PHP, devenir son propre éditeur, être
le grand reporter de son propre quotidien, dialoguer avec des savants
et des spécialistes, tout cela est de plus en plus facile
avec les weblogs.
Est-ce la fin des éditeurs, le café du commerce mondial,
la tour de Babel virtuelle ? Les weblogs sont-ils au contraire en
train de recréer le partage des connaissances, et de retrouver
la vraie démocratie des débuts de l'Internet ? A nous
de le dire, ou plutôt de l'écrire.
Le
mot Weblog ou plus simplement "blog"
désigne une sorte de journal intime publié sur le
web. On dit aussi "carnet web", et "blogue"
au Québec. Les"bloggers"
sont les gens qui publient ces blogs, à l'aide de logiciels
de bureau (ou de web) permettant de créer une page web évolutive
et dynamique grâce à une collection de "templates",
(modèles tout prêts), et sans avoir à connaître
une ligne de code HTML, XML ou PHP.
Ces logiciels ressemblent à des éditeurs de texte
car ils permettent d'éditer, de corriger, d'enlever, de publier
etc.. des articles, mais aussi des photos
et autres éléments multimédia. Ils
conviennent particulièrement aux sites web qui nécessitent
des mises à jour très fréquentes. De plus en
plus de sites et de newsletters , plus d'un million dans le monde,
sont aujourd'hui créés avec ces outils . Ils se présentent
le plus souvent sous la forme d'un "journal" car les logiciels
bloggers gèrent le titre, le résumé, l'article
et l'archivage de l'article.
Le
répertoire du web
Les
Weblogs existent depuis décembre 1997, date à laquelle
John Barger (http://www.robotwisdom.com/)
leur a donné ce nom. Mais il faut remonter plus loin dans
l'histoire de l'Internet pour retrouver leur véritable origine.
Quand Internet a commencé, des tas de gens ont fait une page
perso sur leur thème favori, à laquelle ils joignaient
toujours une liste de liens vers des pages traitant du même
thème. Le phénomène prenant de l'ampleur, on
a vu se créer des répertoires
par thèmes de tous ces sites, car de plus en plus
de gens souhaitaient publier leurs contributions.
Weblog
signifie littéralement la log du
web, le mot "log" désignant le traçage
et le répertoire de tout ce qui se passe sur le web. Mais
à cette époque, les premiers bloggers doivent impérativement
connaître l'HTML pour publier leur page ce qui réserve
la publication à une élite... Et ce n'est qu'en juillet
1999, le phénomène ayant pris de l'ampleur, qu'on
voit apparaître le premier outil permettant de se passer de
l'apprentissage de l'HTML. Il s'appelle PITAS
et offre en ligne des outils rudimentaires d'administration du site
ainsi que quelques modèles de pages.
La
notion d'information datée
C'est aussi en 1999 que Brigitte Eaton
se met à constituer une liste de toutes les weblogs qu'elle
connaît et réalise
l'Eatonweb Portal dans lequel elle évalue toutes
les demandes d'inscription à son répertoire sur un
simple critère : le site doit comporter
des informations datées.
Les
bloggers étaient alors en plein débat sur ce qui était
et ce qui n'était pas une weblog, et comme l'Eatonweb
Portal était la liste la plus complète de
weblogs, c'est la définition de Brigitte qui a prévalu.
C'est
donc une femme qui a défini
ce qu'était une weblog.
Cette
notion d'information datée est capitale. Vous me direz que
Brigitte a réinventé ce que tout journaliste sait
depuis toujours, mais sur le web la plupart des pages ne comportent
pas la date de leur création, et lorsque vous faites une
recherche avec un moteur, vous pouvez très bien obtenir sans
le savoir des pages complètement périmées.
Brigitte Eaton a donc eu parfaitement raison.
Les
véritables weblogs d'aujourd'hui sont de vrais journaux
auxquels tout le monde peut participer . On en trouve sur absolument
tous les sujets. La guerre contre l'Irak, la littérature,
l'actualité, le dernier album d'un chanteur de rap, les nouvelles
technologies, l'athéisme, ou la politique en Louisiane....
Principalement
en anglais, bien sûr. Les weblogs français sont encore
hélas assez rares. Vous trouverez un répertoire amusant
des blogs francophones européens sur Blogmap.
Dans un
article publié par le journal du Net, Karl Dubost
du W3C déclare que dès que les hébergeurs proposeront
des outils de weblogs en français, les internautes se précipiteront.
Mais est-ce si certain ?
Français
coincés
D'après
Carole, qui a vécu longtemps aux Etats-Unis , les américains
ont l'habitude de s'exprimer librement sur tous les sujets, sans
souci du qu'en dira-t-on. En France au contraire on n'ose s'exprimer
en toute franchise que dans des cercles restreints. Nous autres
Français serions donc plus "coincés" , ce
qui expliquerait le faible nombre relatif de weblogs en France.
Et leur intérêt moindre, sans doute ? Car si l'on trouve
en France quelques beaux blogs d'artistes, en revanche la qualité
littéraire des contenus n'est pas toujours à la hauteur.
Aux
Etats Unis, les auteurs de weblogs peuvent être des journalistes
qui trouvent là un moyen d'être plus près de
leurs lecteurs, ou des personnalités comme Seth Godin, l'auteur
de "Permission marketing", ou des professeurs d'université.
Mieux,
certains quotidiens anglophones ont compris tout l'intérêt
qu'ils pouvaient tirer des weblogs dans la relation avec leur lectorat
branché. C'est ainsi que le journal le Guardian a
lancé "the
weblog" dont le but est de recenser les meilleurs liens
journalistiques sur un sujet d'actualité donné, et
sur lequel les lecteurs publient leurs liens préférés.
Blogosphère
Les
blogs des universitaires ou des personnalités donnent évidemment
aux journalistes de la matière pour leurs "papiers"
en presse traditionnelle. De même les universitaires et les
personnalités reçoivent des contributions des journalistes
et y répondent. Cette symbiose entre les journalistes et
les bloggers a été appelée
"blogosphere" par un certain John Hiler qui observait
comment les uns se nourrissaient des autres et vice versa .
Certains éditeurs sérieux craignent que le phénomène
des blogs ne signe la mort de l'édition. Il est vrai que
quelques bloggers utilisent ce système pour propager des
rumeurs et des fausses nouvelles. Il est vrai aussi que l'économie
des blogs étant complètement libre et gratuite (même
s'il est possible de faire des dons sur les sites des outils en
utilisant Paypal), cela n'aide pas les journaux qui souhaitent
faire payer l'information sur leurs sites ! Il est enfin tout à
fait exact que certains utilisent les blogs comme des revues de
presse faciles à faire , ce qui n'est pas du tout compatible
avec notre notion de droit d'auteur. L'outil Blogger
par exemple, permet de "poster" automatiquement sur votre
blog comme une mise à jour ordinaire , un article affiché
sur votre écran et qui vous plaît !
Mais le détournement des bloggers à de telles fins
ne doit pas nous masquer l'extraordinaire richesse que constituent
les blogs, à tel point qu'un livre, un vrai, en papier, constitué
des meilleurs extraits des weblogs, est sur le point de paraître.
Ainsi le papier se nourrirait du web. Nous revoilà en plein
dans la blogosphère !
Et
comment pourrait-on blâmer ce retour du plaisir d'écrire
? Les profs ne devraient ils pas au contraire inciter leurs élèvres
à ouvrir un blog ? Ecrire chaque jour (nulla dies sine
linea, pas un jour sans une ligne, me disait déjà
mon prof de français) n'est-ce pas la meilleure façon
de contrer les effets désastreux sur la langue , du téléphone
, du SMS, du chat , ou même de l'e-mail et des forums ?
Enfin,
cette notion d'outil de création communautaire me paraît
elle aussi pleine de promesses.
Si
vous êtes convaincue, il ne vous reste qu'à ouvrir
votre blog. C'est facile, je vous assure, je viens d'ouvrir le mien
! Choisissez pour cela dans la gamme des outils suivants :
Blogger
(web), Radio
Userland (client), Movable
Type (client), Greymatter
(client), Big Blog Tool,
(client) Citydesk
(client), Crimsonblog
(web)...
Certains
outils sont des logiciels serveurs, d'autres des logiciels clients
à télécharger, et les troisièmes, les
plus faciles à utiliser, entièrement basés
sur le Web. Certains sont gratuits, d'autres payants, d'autres à
la fois gratuits pour les fonctionnalités de base et payants
pour les extras. Crimsonblog est l'outil qu'utilise le fameux John
Hile pour publier sa lettre "Microcontent
News", un must sur la question des blogs.
A
consulter aussi :
hit-or-miss
NYUblogs
hyperwest
creativity-portal
knowledge-portal
Octobre
2002.
Elisabeth Chamontin, et Carole Lawday.
Retour
|