A signaler : le blog d'Emmanuelle Froissart, une française qui vit aux Etats Unis.

Les weblogs : du journal intime à la Blogosphère

Publier sur le web des pages dynamiques sans connaître une ligne d'HTML ni d'XML ni de PHP, devenir son propre éditeur, être le grand reporter de son propre quotidien, dialoguer avec des savants et des spécialistes, tout cela est de plus en plus facile avec les weblogs.
Est-ce la fin des éditeurs, le café du commerce mondial, la tour de Babel virtuelle ? Les weblogs sont-ils au contraire en train de recréer le partage des connaissances, et de retrouver la vraie démocratie des débuts de l'Internet ? A nous de le dire, ou plutôt de l'écrire.

Le mot Weblog ou plus simplement "blog" désigne une sorte de journal intime publié sur le web. On dit aussi "carnet web", et "blogue" au Québec. Les"bloggers" sont les gens qui publient ces blogs, à l'aide de logiciels de bureau (ou de web) permettant de créer une page web évolutive et dynamique grâce à une collection de "templates", (modèles tout prêts), et sans avoir à connaître une ligne de code HTML, XML ou PHP.

Ces logiciels ressemblent à des éditeurs de texte car ils permettent d'éditer, de corriger, d'enlever, de publier etc.. des articles, mais aussi des photos et autres éléments multimédia. Ils conviennent particulièrement aux sites web qui nécessitent des mises à jour très fréquentes. De plus en plus de sites et de newsletters , plus d'un million dans le monde, sont aujourd'hui créés avec ces outils . Ils se présentent le plus souvent sous la forme d'un "journal" car les logiciels bloggers gèrent le titre, le résumé, l'article et l'archivage de l'article.

Le répertoire du web

Les Weblogs existent depuis décembre 1997, date à laquelle John Barger (http://www.robotwisdom.com/) leur a donné ce nom. Mais il faut remonter plus loin dans l'histoire de l'Internet pour retrouver leur véritable origine. Quand Internet a commencé, des tas de gens ont fait une page perso sur leur thème favori, à laquelle ils joignaient toujours une liste de liens vers des pages traitant du même thème. Le phénomène prenant de l'ampleur, on a vu se créer des répertoires par thèmes de tous ces sites, car de plus en plus de gens souhaitaient publier leurs contributions.

Weblog signifie littéralement la log du web, le mot "log" désignant le traçage et le répertoire de tout ce qui se passe sur le web. Mais à cette époque, les premiers bloggers doivent impérativement connaître l'HTML pour publier leur page ce qui réserve la publication à une élite... Et ce n'est qu'en juillet 1999, le phénomène ayant pris de l'ampleur, qu'on voit apparaître le premier outil permettant de se passer de l'apprentissage de l'HTML. Il s'appelle PITAS et offre en ligne des outils rudimentaires d'administration du site ainsi que quelques modèles de pages.

La notion d'information datée

C'est aussi en 1999 que Brigitte Eaton se met à constituer une liste de toutes les weblogs qu'elle connaît et réalise l'Eatonweb Portal dans lequel elle évalue toutes les demandes d'inscription à son répertoire sur un simple critère : le site doit comporter des informations datées.

Les bloggers étaient alors en plein débat sur ce qui était et ce qui n'était pas une weblog, et comme l'Eatonweb Portal était la liste la plus complète de weblogs, c'est la définition de Brigitte qui a prévalu.

C'est donc une femme qui a défini ce qu'était une weblog.

Cette notion d'information datée est capitale. Vous me direz que Brigitte a réinventé ce que tout journaliste sait depuis toujours, mais sur le web la plupart des pages ne comportent pas la date de leur création, et lorsque vous faites une recherche avec un moteur, vous pouvez très bien obtenir sans le savoir des pages complètement périmées. Brigitte Eaton a donc eu parfaitement raison.

Les véritables weblogs d'aujourd'hui sont de vrais journaux auxquels tout le monde peut participer . On en trouve sur absolument tous les sujets. La guerre contre l'Irak, la littérature, l'actualité, le dernier album d'un chanteur de rap, les nouvelles technologies, l'athéisme, ou la politique en Louisiane....

Principalement en anglais, bien sûr. Les weblogs français sont encore hélas assez rares. Vous trouverez un répertoire amusant des blogs francophones européens sur Blogmap. Dans un article publié par le journal du Net, Karl Dubost du W3C déclare que dès que les hébergeurs proposeront des outils de weblogs en français, les internautes se précipiteront. Mais est-ce si certain ?

Français coincés

D'après Carole, qui a vécu longtemps aux Etats-Unis , les américains ont l'habitude de s'exprimer librement sur tous les sujets, sans souci du qu'en dira-t-on. En France au contraire on n'ose s'exprimer en toute franchise que dans des cercles restreints. Nous autres Français serions donc plus "coincés" , ce qui expliquerait le faible nombre relatif de weblogs en France. Et leur intérêt moindre, sans doute ? Car si l'on trouve en France quelques beaux blogs d'artistes, en revanche la qualité littéraire des contenus n'est pas toujours à la hauteur.

Aux Etats Unis, les auteurs de weblogs peuvent être des journalistes qui trouvent là un moyen d'être plus près de leurs lecteurs, ou des personnalités comme Seth Godin, l'auteur de "Permission marketing", ou des professeurs d'université.

Mieux, certains quotidiens anglophones ont compris tout l'intérêt qu'ils pouvaient tirer des weblogs dans la relation avec leur lectorat branché. C'est ainsi que le journal le Guardian a lancé "the weblog" dont le but est de recenser les meilleurs liens journalistiques sur un sujet d'actualité donné, et sur lequel les lecteurs publient leurs liens préférés.

Blogosphère

Les blogs des universitaires ou des personnalités donnent évidemment aux journalistes de la matière pour leurs "papiers" en presse traditionnelle. De même les universitaires et les personnalités reçoivent des contributions des journalistes et y répondent. Cette symbiose entre les journalistes et les bloggers a été appelée "blogosphere" par un certain John Hiler qui observait comment les uns se nourrissaient des autres et vice versa .

Certains éditeurs sérieux craignent que le phénomène des blogs ne signe la mort de l'édition. Il est vrai que quelques bloggers utilisent ce système pour propager des rumeurs et des fausses nouvelles. Il est vrai aussi que l'économie des blogs étant complètement libre et gratuite (même s'il est possible de faire des dons sur les sites des outils en utilisant Paypal), cela n'aide pas les journaux qui souhaitent faire payer l'information sur leurs sites ! Il est enfin tout à fait exact que certains utilisent les blogs comme des revues de presse faciles à faire , ce qui n'est pas du tout compatible avec notre notion de droit d'auteur. L'outil Blogger par exemple, permet de "poster" automatiquement sur votre blog comme une mise à jour ordinaire , un article affiché sur votre écran et qui vous plaît !

Mais le détournement des bloggers à de telles fins ne doit pas nous masquer l'extraordinaire richesse que constituent les blogs, à tel point qu'un livre, un vrai, en papier, constitué des meilleurs extraits des weblogs, est sur le point de paraître. Ainsi le papier se nourrirait du web. Nous revoilà en plein dans la blogosphère !

Et comment pourrait-on blâmer ce retour du plaisir d'écrire ? Les profs ne devraient ils pas au contraire inciter leurs élèvres à ouvrir un blog ? Ecrire chaque jour (nulla dies sine linea, pas un jour sans une ligne, me disait déjà mon prof de français) n'est-ce pas la meilleure façon de contrer les effets désastreux sur la langue , du téléphone , du SMS, du chat , ou même de l'e-mail et des forums ?

Enfin, cette notion d'outil de création communautaire me paraît elle aussi pleine de promesses.

Si vous êtes convaincue, il ne vous reste qu'à ouvrir votre blog. C'est facile, je vous assure, je viens d'ouvrir le mien ! Choisissez pour cela dans la gamme des outils suivants :

Blogger (web), Radio Userland (client), Movable Type (client), Greymatter (client), Big Blog Tool, (client) Citydesk (client), Crimsonblog (web)...

Certains outils sont des logiciels serveurs, d'autres des logiciels clients à télécharger, et les troisièmes, les plus faciles à utiliser, entièrement basés sur le Web. Certains sont gratuits, d'autres payants, d'autres à la fois gratuits pour les fonctionnalités de base et payants pour les extras. Crimsonblog est l'outil qu'utilise le fameux John Hile pour publier sa lettre "Microcontent News", un must sur la question des blogs.

A consulter aussi :
hit-or-miss
NYUblogs
hyperwest
creativity-portal
knowledge-portal

Octobre 2002.
Elisabeth Chamontin, et Carole Lawday.

 

 

 

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