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Les
nanotechnologies, pierre philosophale du 21 ème siècle
Le
pauvre Nicolas Flamel, (1330-1418) auteur du "grand
éclaircissement de la pierre philosophale pour la transmutation
de tous les métaux" en aurait avalé son
grimoire : le vieux rêve des alchimistes s'est enfin
réalisé. Oui, l'on peut aujourd'hui changer le plomb
vil en or fin et le charbon noir en pur diamant !
Comment
cela, chère Carole ? Rien de plus simple chère Elisabeth,
avec la nanotechnologie moléculaire.
A tes souhaits. La quoi ?
La
nanotechnologie moléculaire : nano vient de nannos,
le nain grec, et ça veut dire tout petit. Un nanomètre,
pour être précis, c'est un millionième de millimètre,
ou encore 10 -9 m, nettement plus gros que
l'angström (10 -10 m).
Le diamètre de chacun de nos globules rouges mesure 800 nanomètres.
Eéénoooorme par rapport à la largeur d'une
molécule d'ADN qui fait 2,5 nanomètres !
Et je ne parle pas de molécule au hasard : car la nanotechnologie
moléculaire, ce n'est finalement que la fabrication d'objets
de la taille des mo-lé-cu-les. Par exemple pour fabriquer
un diamant, qui est, tout comme le charbon, constitué uniquement
de molécules de carbone, il suffit de réorganiser
autrement ces molécules.. Mais le diamant n'est pas la chose
la plus intéressante à fabriquer !
Imaginons
toutes les autres applications possibles de l'infiniment petit :
des moustiques robots comme ceux que décrivait
Philip K.Dick dans les années 60, capables de vous réciter
à l'oreille des slogans publicitaires sur tous les tons jusqu'à
ce que vous les écrabouilliez, ou des cafards artificiels
qui vous espionnent jusque dans les recoins les plus secrets de
vos cachettes, ou des nanorobots pénétrant
courageusement et sans douleur à l'intérieur de votre
corps pour aller attaquer des cellules cancéreuses, ou au
contraire de méchants nanovirus, plus efficaces que
n'importe quelle arme biologique
Et
comment on les nanofabrique, ces nano-objets ? Avec des nanomachines
peut-être ? mmmh ?
Exactement.
(stupeur !).
Tout l'enjeu des nanotechnologies c'est justement la fabrication
d'outils de taille infinitésimale destinés à
construire, comme le ferait Bouygues avec des briques et du mortier,
ou un enfant avec des Lego, des objets de taille moléculaire.
Ce n'est pas simple, car à cette échelle, l'instrument
d'observation étant bien plus gros que les molécules,
il risque de les détruire.
Alors
comment fait-on pour construire des nanomachines ?
Avec
un rayon laser qui attrape les molécules l'une après
l'autre, ou à l'aide d'un microscope à effet tunnel,
on a déjà créé des nanotubes, et on
doit arriver à faire des nano-engrenages ou des nano-roulements
à billes qui marchent à la lumière, c'est à
dire qu'ils n'ont pas besoin de beaucoup d'énergie pour fonctionner.
C'est très joli à voir, n'est-ce pas ?
Et
c'est quoi, un microscope à effet tunnel ?
C'est
une machine qui utilise une espèce de sonde en forme d'aiguille
de manière à approcher un atome unique tout près
de ce qu'on veut observer. La pointe de l'aiguille est un atome
unique. Quand la sonde est assez près , on détecte
un courant électromagnétique, et la sonde envoie une
légère charge qui crée un courant appelé
effet tunnel. On mesure ce courant, et en scannant ainsi la surface
de l'objet à observer on en obtient une image 3 D, mais on
peut aussi changer l'organisation de ses molécules..
Y a
t-il déjà des applications ?
Oui, et
notamment dans le domaine de l' électronique. Tu connais
la loi de Moore selon laquelle le nombre de transistors intégrés
sur une puce double tous les 18 mois (2 300 de transistors sur le
4004 en 1971 , 5,5 millions sur le Pentium Pro aujourd'hui). Mais
en passant aux nanotechnologies, cela va aller beaucoup plus vite
encore, on va pouvoir fabriquer des transistors infiniment petits,
de l'ordre de 90 nanomètres (soit la taille de 360 atomes
mis bout à bout), comme l'ont déjà fait Lucent
Technologies , IBM ou Intel ; on prévoit même d'arriver
à 9 nanomètres en 2024.. En gros, on va avoir dans
30 ans sur une seule puce toute la puissance qu'on aurait aujourd'hui
avec un ordinateur à l'échelle du système solaire
!
Des
applications existent aussi dans le domaine du stockage des
données : avec le "millipède", IBM arrive
à mettre des centaines de gigabits dans 1 cm2 à peine
.. Et l'avantage de ce stockage n'est pas seulement la place ainsi
gagnée, c'est aussi la rapidité, tendant vers le temps
réel, ce qui est infaisable actuellement
D'où
les nombreux rapports qu'ont les nanotechnologies avec
les grids.
De même
les nanotechnologies ont déjà permis de mettre au
point des routeurs optiques (voir notre
article sur les fibres du même nom) qui permettent d'envoyer
des terabits d'infos sans les ralentir comme les routeurs actuels.
Et
à part l'électronique et l'informatique ?
C'est
sans doute dans les domaines de la médecine, de la biochimie
et de l'écologie que les applications seront les plus passionnantes
: prenons par exemple le problème des déchets
. Les nanotechnologies vont peut-être nous en débarrasser
si nous réussissons à construire les équivalents robots
des insectes des champignons ou des micro-organismes nécrophages
et coprophages, qui recyclent les cadavres ou les excréments et
les réintroduisent dans le circuit des nutriments. Mieux qu'une
une usine d'incinération qui elle ne produit que de la dioxine
!
En médecine,
on va pouvoir fabriquer de minuscules injecteurs de médicaments,
éviter les incisions, attaquer directement les tumeurs
cancéreuses grâce à des outils ou des robots
infiniment plus petits que les pores de la peau. Mieux encore, on
va pouvoir concevoir des "cellules" sur le modèle
de celles du vivant, c'est à dire contenant un programme
qui leur permettra de se reproduire à l'identique : et donc
fabriquer de la peau pour les grands brûlés,
des cellules du foie pour les hépatiques, etc. et pourquoi
pas des objets se reproduisant ou se réparant eux-mêmes..
Rejoignant
un vieux rêve d'Asimov, lui aussi auteur de science fiction,
mais biologiste de surcroît, on peut imaginer trouver une
solution à la surpopulation grâce aux nanotechnologies
; en effet, puisque sur Mars existent des atomes de carbone, d'hydrogène
et d'oxygène, on pourrait les utiliser pour construire
sur cette planète une atmosphère identique à
la nôtre, et la coloniser... Mais ça, ça n'est
pas pour demain !
Si ce n'est pas complètement
un rêve, il doit y avoir des gros sous là dessous,
non ?
Bien entendu : on annonce
pour les prochaines années plus de 300 IPO (entrées
en bourse) de start-up spécialisées dans les nanotechnologies,
ce qui est de la folie, mais cela montre assez les espoirs que les
gens mettent là dedans. Plus sérieusement, toutes
les grosses sociétés ont des programmes de recherche
dans ce domaine, elles y ont investi beaucoup d'argent (Intel, IBM,
Lucent..). Même chose pour les pays, la Corée et le
Japon notamment y ont mis pas mal de blé. Et je ne parle
pas de la NASA. L' Europe n'est pas en reste, à preuve le
programme Esprit qui a lancé dès 1997 un programme
de recherche de 25 millions d'euros...
Dis-moi, tu n'es pas
fiancée à un nanotechnologiste, par hasard ?
- Non pourquoi ? - Parce
que je t'aurais dit d'aller faire expertiser le diamant de ta bague
de fiançailles !
Elisabeth Chamontin
avec la science et les documents de Carole Lawday
Juin 2002
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