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Pour
Jacqueline.
Voilà.
Nous, les internénettes, nous riions, nous buvions, nous
mangions, nous créions, nous travaillions, nous savions,
nous gérions, nous découvrions...
Et
puis Jacqueline, notre amie, une internénette qui elle aussi
aimait rire, boire, manger, créer, travailler, savoir, gérer,
découvrir, Jacqueline notre amie, nous a quittées,
le 4 mai.
Pudique,
discrète, elle a préféré que l'on ignore
les mois de souffrance qu'elle a vécus depuis son hospitalisation.
Le choc en est plus grand, la tristesse en est plus profonde.
«
Un souvenir de Jacqueline ? Il y en a tant... souvenirs de la Jacqueline
de Canal qui menait son service avec autorité, la
battante, avec qui j'ai partagé bonheurs et galères
de la télématique, ou la Jacqueline de l'intimité,
différente, bienveillante, à l'humour parfois décapant,
qui cuisinait si bien le tajine aux artichauts ? Avec la première
j'ai bu beaucoup de champagne, avec la seconde aussi. »
raconte Danielle G., son amie, qui poursuit :
«
Le premier souvenir fort : un déjeuner à deux, entre
adhérentes du GESTE, au RiverCafé. Après les
phrases convenues, laquelle a dit le mot-clé : Alger
? Nous étions de la même ville, notre jeunesse était
ailleurs, nous avions même habité la même rue,
connu le même « palmier du rond-point ». Notre
regard l'une sur l'autre, complices, a changé en cet instant.
C'était le début d¹une amitié profonde.
Nous partagions ce goût du sud. Il y a eu ces voyages en Tunisie,
en Espagne, pour retrouver ces goûts d'enfance. Et je me souviens
d¹une confiture aux citrons, divine, que nous avons fabriquée
ensemble en riant dans un patio valencien. Jacqueline, c'étaient
les soirées copines où l'on refait toujours le point
sur sa vie. Elle parlait du travail, beaucoup, des hommes qu'elle
avait tant aimés, de ses enfants qui comptaient plus que
tout, de sa petite maison achetée il y a si peu près
d'Uzès où nous ferions la fête sous un
ciel bleu. Et
puis il y a d'autres souvenirs, douloureux : Jacqueline, courageuse,
camouflant l'importance de sa maladie, ne se plaignant jamais..
Elle a dit : J'aimais tant la vie
».
Bernadette,
qui a partagé avec elle avec nous tant de déjeuners
ou
de dîners internénettes, se souvient aussi : «
Jai en mémoire son merveilleux sourire qui illumine
son visage, ses yeux rieurs, son rire aux blagues dArlette.
Jacqueline, cétait la joie de vivre. Elle appréciait
partager un bon repas, la dégustation dun bon vin.
Elle était discrète sur elle-même, plus à
lécoute des autres. Elle était raffinée,
aimait les belles choses, lharmonie des couleurs
Cétait
une femme forte et dynamique, qui a mené de front un travail
prenant et léducation de 3 enfants, et qui a combattu
avec courage sa maladie pendant 15 ans. Cétait notre
amie ! »
Jacqueline
était une membre assidue du GESTE, une association
professionnelle d'éditeurs multimédia à laquelle
appartient aussi Internénettes. Laissons parler ses deux
permanentes, Laure et Astrid :
Astrid
: « Je me souviens d'un séminaire GESTE sur les systèmes
de paiements, organisé au journal la Tribune. Il manquait
des places assises et nous nous sommes retrouvés en petit
groupe assis sur une table au fond de la salle. Jacqueline, qui
était arrivée en retard, arborait une magnifique broche,
créée par une de ses amies, qui représentait
un lézard. Elle a fait sensation. Et voilà que notre
petit groupe, composé d'hommes comme de femmes, a commencé
à discuter « bijoux et chiffons ».
Nous avions tous complètement décroché, plus
personne n'écoutait les interventions qui étaient
en cours. »
Laure
: « De Jacqueline, je garde le souvenir d'une « virée »
dans une boîte de nuit pathétique d'Hourtin, à
l'occasion d'une de ces mémorables universités
d'été. Jacqueline s'était fait outrageusement
draguer par le barman toute la soirée, lui répondant
avec classe et patience, tout en nous obtenant des
tournées gratuites. puis nous étions rentrées
dans nos « bungalows », dont beaucoup, et
particulièrement celui de Jacqueline, refoulaient une odeur
d'égout épouvantable... Imaginez, elle, si raffinée...
ce n'est pas très poétique, pas émouvant du
tout, mais nous en avons beaucoup ri ensemble... et c'est cette
bonne humeur à toute épreuve que j'admirais chez elle... »
Fabienne,
une des premières Internénettes, qui travaille en
liaison avec le Geste, n'a elle aussi que de bons souvenirs. «
J'ai simplement sa joie de vivre présente à l'esprit,
je l'entends rire, je vois son oeil espiègle se plisser dans
le bleu de son horizon, je n'ai que de la gaieté à
restituer, comme si nous n'avions jamais fait que nous amuser, quand
nous travaillions ou quand nous ne travaillions pas. Jacqueline,
si pétulante, si charmante, et tellement fière d'avoir
repris sa ligne de jeune fille en me délivrant dans le creux
de l'oreille la recette pour y arriver moi aussi, tout en se permettant
un écart de gourmandise à l'occasion d'un cocktail
donné par le Geste à l'issue d'une journée
très sérieuse sur les moyens de paiement ! Rien que
de la gaieté vous dis-je ! »
Une
gaieté dont Carole se souvient elle aussi : «
C'était lors d'un de nos dîners bien connus, et je m'étais
assise à côté d'Arlette et Jacqueline, un peu par hasard car à l'époque
je ne les connaissais pas bien encore. Le dîner démarre tranquillement,
et nous commençons à parler de nos différents emplois, ainsi que
de ce qu'il s'y passe et de nos démêlés éventuels avec
nos patrons. Et là Jacqueline, en verve ce jour-là, on pourrait
même dire remontée, a commencé à nous raconter comment cela
se passait dans son environnement, les problèmes qu'elle rencontrait,
comment elle les gérait... Ce qui a été important lors de cette
soirée ce n'est pas ce qu'elle nous a dit sur son entreprise, mais
la manière dont elle l'a dit : avec humour d'abord (à un moment
j'ai bien cru éclater !), avec une lucidité sur les relations
humaines absolument extraordinaire, mais surtout sans aucun regret
ni remords, elle continuait à se battre pour ce qu'elle pensait
le mieux dans son travail, sans en vouloir aux autres de ne pas
être d'accord et elle continuait à essayer de les convaincre. Je
me rappellerai toujours son sourire éclatant et le pétillement amusé
de ses yeux clairs, lorsqu'elle nous a raconté cela. Ce sera mon
souvenir à jamais de la toujours enthousiaste Jacqueline. »
Quant
à moi, Élisabeth, qui rédige cet article
en forme de souvenirs, voilà ce qui me vient à l'esprit
quand je repense à notre amie Jacqueline. C'était
quelque part dans un de ces hôtels américains genre
Hyatt, quelque part donc, entre San Francisco et Los Angeles, un
coin paumé où nous devions passer la nuit en transit
entre deux conférences d'un voyage de l'ACSEL. Rien à
faire dans ce trou avant le dîner ! Jacqueline, qui était
une vraie chineuse férue de mobilier et d'objets art déco
(son appartement en témoigne), avait repéré
le seul centre d'intérêt du coin, un magasin d' «
Antiques », sorte de vaste hangar bien éloigné
de ce que l'on connaît en France en fait de boutiques d'antiquaires,
et m'y avait entraînée avec la force de son enthousiasme.
Mais moi, je n'y trouvais que camelote sans valeur et amoncellement
de bimbeloterie kitsch, quand j'ai vu l'il de Jacqueline s'allumer
devant un oiseau de cristal sur lequel elle avait deviné,
avant de vérifier le bien fondé de son intuition,
la signature « Lalique ». Un Lalique à
3 dollars ! L'affaire du siècle, en somme ! Comme elle était
fière de sa trouvaille ! Et au retour. Rien à déclarer
? Non, rien à déclarer ! Comme on riait !
à
suivre.. Vous aussi, si vous avez connu et aimé Jacqueline,
envoyez votre souvenir.
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