Mai 2005

Pour Jacqueline.

Jacqueline en Espagne, 2001. Photo  donnée par DanielleVoilà. Nous, les internénettes, nous riions, nous buvions, nous mangions, nous créions, nous travaillions, nous savions, nous gérions, nous découvrions...

Et puis Jacqueline, notre amie, une internénette qui elle aussi aimait rire, boire, manger, créer, travailler, savoir, gérer, découvrir, Jacqueline notre amie, nous a quittées, le 4 mai.

Pudique, discrète, elle a préféré que l'on ignore les mois de souffrance qu'elle a vécus depuis son hospitalisation. Le choc en est plus grand, la tristesse en est plus profonde.

«  Un souvenir de Jacqueline ? Il y en a tant... souvenirs de la Jacqueline de Canal qui menait son service avec autorité, la battante, avec qui j'ai partagé bonheurs et galères de la télématique, ou la Jacqueline de l'intimité, différente, bienveillante, à l'humour parfois décapant, qui cuisinait si bien le tajine aux artichauts ? Avec la première j'ai bu beaucoup de champagne, avec la seconde aussi. » raconte Danielle G., son amie, qui poursuit :

Jacqueline en Espagne, 2001 (Photo donnée par Danielle)«  Le premier souvenir fort : un déjeuner à deux, entre adhérentes du GESTE, au RiverCafé. Après les phrases convenues, laquelle a dit le mot-clé : Alger ? Nous étions de la même ville, notre jeunesse était ailleurs, nous avions même habité la même rue, connu le même « palmier du rond-point ». Notre regard l'une sur l'autre, complices, a changé en cet instant. C'était le début d¹une amitié profonde. Nous partagions ce goût du sud. Il y a eu ces voyages en Tunisie, en Espagne, pour retrouver ces goûts d'enfance. Et je me souviens d¹une confiture aux citrons, divine, que nous avons fabriquée ensemble en riant dans un patio valencien. Jacqueline, c'étaient les soirées copines où l'on refait toujours le point sur sa vie. Elle parlait du travail, beaucoup, des hommes qu'elle avait tant aimés, de ses enfants qui comptaient plus que tout, de sa petite maison achetée il y a si peu près d'Uzès où nous ferions la fête sous un ciel bleu. Et puis il y a d'autres souvenirs, douloureux : Jacqueline, courageuse, camouflant l'importance de sa maladie, ne se plaignant jamais.. Elle a dit : “J'aimais tant la vie”  ».

Bernadette, qui a partagé avec elle — avec nous — tant de déjeuners ouJacqueline avec Arlette, Élisabeth, Bernadette, Annick, lors d'un dej Internénettes de dîners internénettes, se souvient aussi : «  J’ai en mémoire son merveilleux sourire qui illumine son visage, ses yeux rieurs, son rire aux blagues d’Arlette. Jacqueline, c’était la joie de vivre. Elle appréciait partager un bon repas, la dégustation d’un bon vin. Elle était discrète sur elle-même, plus à l’écoute des autres. Elle était raffinée, aimait les belles choses, l’harmonie des couleurs… C’était une femme forte et dynamique, qui a mené de front un travail prenant et l’éducation de 3 enfants, et qui a combattu avec courage sa maladie pendant 15 ans. C’était notre amie ! »

Jacqueline était une membre assidue du GESTE, une association professionnelle d'éditeurs multimédia à laquelle appartient aussi Internénettes. Laissons parler ses deux permanentes, Laure et Astrid :

Jacqueline et Fabienne à une AG du GesteAstrid : « Je me souviens d'un séminaire GESTE sur les systèmes de paiements, organisé au journal la Tribune. Il manquait des places assises et nous nous sommes retrouvés en petit groupe assis sur une table au fond de la salle. Jacqueline, qui était arrivée en retard, arborait une magnifique broche, créée par une de ses amies, qui représentait un lézard. Elle a fait sensation. Et voilà que notre petit groupe, composé d'hommes comme de femmes, a commencé à discuter « bijoux et chiffons ». Nous avions tous complètement décroché, plus personne n'écoutait les interventions qui étaient en cours. »

Laure : « De Jacqueline, je garde le souvenir d'une « virée » dans une boîte de nuit pathétique d'Hourtin, à l'occasion d'une de ces mémorables universités d'été. Jacqueline s'était fait outrageusement draguer par le barman toute la soirée, lui répondant avec classe et patience, tout en nous obtenant Jacqueline, lors d'un déjeuner internénettesdes tournées gratuites. puis nous étions rentrées dans nos « bungalows », dont beaucoup, et particulièrement celui de Jacqueline, refoulaient une odeur d'égout épouvantable... Imaginez, elle, si raffinée... ce n'est pas très poétique, pas émouvant du tout, mais nous en avons beaucoup ri ensemble... et c'est cette bonne humeur à toute épreuve que j'admirais chez elle... »

Fabienne, une des premières Internénettes, qui travaille en liaison avec le Geste, n'a elle aussi que de bons souvenirs. «  J'ai simplement sa joie de vivre présente à l'esprit, je l'entends rire, je vois son oeil espiègle se plisser dans le bleu de son horizon, je n'ai que de la gaieté à restituer, comme si nous n'avions jamais fait que nous amuser, quand nous travaillions ou quand nous ne travaillions pas. Jacqueline, si pétulante, si charmante, et tellement fière d'avoir repris sa ligne de jeune fille en me délivrant dans le creux de l'oreille la recette pour y arriver moi aussi, tout en se permettant un écart de gourmandise à l'occasion d'un cocktail donné par le Geste à l'issue d'une journée très sérieuse sur les moyens de paiement ! Rien que de la gaieté vous dis-je ! »

Une gaieté dont Carole se souvient elle aussi : «  C'était lors d'un de nos dîners bien connus, et je m'étais assise à côté d'Arlette et Jacqueline, un peu par hasard car à l'époque je ne les connaissais pas bien encore. Le dîner démarre tranquillement, et nous commençons à parler de nos différents emplois, ainsi que de ce qu'il s'y passe et de nos “démêlés” éventuels avec nos patrons. Et là Jacqueline, en verve ce jour-là, on pourrait même dire remontée, a commencé à nous raconter comment cela se passait dans son environnement, les problèmes qu'elle rencontrait, comment elle les gérait... Ce qui a été important lors de cette soirée ce n'est pas ce qu'elle nous a dit sur son entreprise, mais la manière dont elle l'a dit : avec humour d'abord (à un moment j'ai bien cru éclater !), avec une lucidité sur les relations humaines absolument extraordinaire, mais surtout sans aucun regret ni remords, elle continuait à se battre pour ce qu'elle pensait le mieux dans son travail, sans en vouloir aux autres de ne pas être d'accord et elle continuait à essayer de les convaincre. Je me rappellerai toujours son sourire éclatant et le pétillement amusé de ses yeux clairs, lorsqu'elle nous a raconté cela. Ce sera mon souvenir à jamais de la toujours enthousiaste Jacqueline. »

Jacqueline, avec un bout d'Arlette,  lors d'un déjeuner InternénettesQuant à moi, Élisabeth, qui rédige cet article en forme de souvenirs, voilà ce qui me vient à l'esprit quand je repense à notre amie Jacqueline. C'était quelque part dans un de ces hôtels américains genre Hyatt, quelque part donc, entre San Francisco et Los Angeles, un coin paumé où nous devions passer la nuit en transit entre deux conférences d'un voyage de l'ACSEL. Rien à faire dans ce trou avant le dîner ! Jacqueline, qui était une vraie chineuse férue de mobilier et d'objets art déco (son appartement en témoigne), avait repéré le seul centre d'intérêt du coin, un magasin d' «  Antiques », sorte de vaste hangar bien éloigné de ce que l'on connaît en France en fait de boutiques d'antiquaires, et m'y avait entraînée avec la force de son enthousiasme. Mais moi, je n'y trouvais que camelote sans valeur et amoncellement de bimbeloterie kitsch, quand j'ai vu l'œil de Jacqueline s'allumer devant un oiseau de cristal sur lequel elle avait deviné, avant de vérifier le bien fondé de son intuition, la signature « Lalique ». Un Lalique à 3 dollars ! L'affaire du siècle, en somme ! Comme elle était fière de sa trouvaille ! Et au retour. Rien à déclarer ? Non, rien à déclarer ! Comme on riait !

à suivre.. Vous aussi, si vous avez connu et aimé Jacqueline, envoyez votre souvenir.

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