Quatre jours pour visiter Prague (suite).

Deuxième jour : Quartier juif et Château

Après un petit déjeuner copieux pris dans le sous-sol voûté de l'hôtel Salvator, nous revoici d'attaque. Nous achetons le billet de la visite du Musée juif de Synagogue espagnolePrague, qui comprend la visite des synagogues et du cimetière. On n'a droit qu'à vingt minutes par site, il faut dire qu'il y a du monde. Aucune des synagogues ne vaut par son architecture la Staronova que nous avons visitée la veille : la synagogue Maïsel, néogothique, abrite une expo intéressante de documents et d'objets de culte, qui se poursuit dans la synagogue espagnole, au style mauresque. La synagogue Pinkas, restaurée après plusieurs inondations, est un mémorial pour les juifs tchèques et moraves victimes des nazis. Le cimetière juif de PragueDans la synagogue Klausen, on peut voir une horloge richement décorée. Mais c'est le cimetière que nous trouvons le plus émouvant et dans lequel nous passons le plus de temps. La plus vieille tombe date de 1439. Nous cherchons évidemment celle du célèbre Maharal de Prague, malheureusement plus connu pour la légende du Golem que pour son œuvre réelle. Maharal est l'acronyme de Morenou HaRav Loew, autrement dit « notre maître le rav Loew », de son vrai nom Yehouda Liva ben Betsalel, qui vécut de 1512 à 1609. Il fut un grand intellectuel, commentateur du Talmud dont il interpréta la partie anecdotique (les Aggadot), montrant la richesse de ces récits et développant une méthode de raisonnement originale fort bien décrite par André Neher dans Le puits de l'exil. Un de ses élèves, David Gans, travailla aussi avec Kepler et Tycho Brahé. Après cette visite, il est déjà l'heure de déjeuner, ce que nous faisons dans un bistrot juste en face de Des coquelicots entre les rails du tramwayla Staronova. L'occasion de découvrir que le vin tchèque n'est pas mauvais. Le blanc comme le rouge : nous avons notamment goûté un rouge tout à fait potable qui s'appelle « Modrý Portugal » c'est à dire «  Portugal bleu », mais ce n'est pas du gros bleu qui tache !
Après midi, nous prenons le métro jusqu'en bas du château dans l'intention de monter le reste à pied, quel courage ! En suivant les rails du tramway n° 22, nous découvrons La relève de la garde au Châteaudans l'herbe des rosés des prés monstrueux, dommage que nous ne puissions pas nous en faire une omelette à l'hôtel ! De même, je suis ravie de constater que des coquelicots poussent entre les pavés, preuve que la pollution n'a pas encore atteint les sommets que nous connaissons à Paris. Nous arrivons au château avec une vue superbe sur Saint Guy, juste au moment de la relève de la garde, à mourir de rire et au pas de l'oie. Comme il pleut à nouveau, nous commençons notre visite par le musée národní galerie, situé juste à côté de l'entrée principale du château, qui recèle entre autres trésors,détail d'un virail de St Guy à Prague de superbes bouquets de Rachel Ruysch, un Christ en prière du Greco, un Rembrandt, et un génial petit Cranach intitulé « le vieux ». Nous enchaînons avec la cathédrale saint Guy, dont les vitraux d'Alfons Mucha nous enthousiasment, ce qui est moins le cas pour l'architecture, ma foi très hybride. Nous entrons ensuite dans le château royal. Il nous est difficile de croire que les voûtes de la célèbre salle Vladislav, dessinées par l'architecte gothique Benedikt Ried, datent du XVe siècle, tant elles évoquent plutôt les nervures et l'inspiration végétale de l'art nouveau. La salle est de dimensions impressionnantes, d'ailleurs on y donnait paraît-il des tournois à cheval ; elle est vide et son détail des voûtes de la salle Vladislavparquet bien ciré. Nous la quittons pour voir la fameuse fenêtre de laquelle furent précipités deux notables en 1618. La « défenestration de Prague » est à l'origine de la guerre de Trente ans ! Un dernier regard aux voûtes et nous voilà repartis au pas de charge en direction de la ruelle dorée, passage obligé de tous les touristes. Cette petite rue m'évoque irrésistiblement, tout comme les clochers de Notre Dame de Týn la veille, un décor de théâtre ou de parc d'attraction à la Disney. Tout est vrai mais tout a l'air faux. La descente sur la ville à partir du château peut s'effectuer par différentes rues plus ou moins en escaliers, mais elle offre toujours de merveilleux points de vue. En descendant du châteauEn bas il est 17 h et nous nous accordons une pause. Le Sekt, champagne local, ne vaut pas la Clairette. Plus tard, en nous baladant dans le merveilleux quartier baroque de Mala Strana (littéralement « le petit côté »), nous sommes frappés par le nombre de figurines représentant un enfant couronné vêtu d'un manteau poudrière Praguerouge ou vert. Tout est élucidé quand nous le voyons grandeur nature dans une église du coin : il s'agit du gracieux Jésus de Prague, objet de l'adoration des foules, et vendu un peu partout sous les trois espèces du plastique, du cristal de Bohême, et de la porcelaine. Mais il est tard. Nous dînons, et retournons à l'hôtel complètement HS après une petite découverte du Prague by night. Demain, nous privilégierons les transports en commun, très bien organisés d'ailleurs.

 

Troisième jour : Strahov et Mala strana
Quatrième jour : Soleil Mozart et kitsch stalinien.
Premier jour : Pluie cristal et art nouveau

 

 

 

Retour