Halloween au Québec, par Odile

Odile, une internénette québecoise d'adoption, nous a envoyé ce texte qui décrit comment l'on fête Halloween à Montréal...

Octobre est fini. Comme chaque année, tout le mois, elles ont découpé à pleins ciseaux dans des moumoutes d'acrylique; elles ont cousu des boutons, des paillettes, des ailes...elles ont aussi confectionné toutes sortes de chapeaux, chapeaux de sorcières, bien sûr, chapeaux pour des fées, des lutins, des clowns. Elles ont arrimé des oreilles sur la tête d'une collection d'animaux (chats noirs, rats, chauves-souris...) et de monstres. En bref, elles ont confectionné des deguisements.

Le 31 octobre est arrivé et chaque mère, après une séance matinale d'habillage, suivie d'un maquillage minutieux, a pu contempler son enfant - ou ses enfants - prêts pour l'Halloween.

Les maisons ont été décorées, recouvertes de gigantesques toiles d'araignées ou de grosses bêtes noires et velues, quelques feuilles d'automne et des chauves-souris s'entremêlent. On a sorti les épouvantails à tete de mort, les fantômes et autres simulacres de sorcière. La traditionnelle citrouille trône sur le seuil de la maison, creusée et éclairée du dedans, grimée en visage d'épouvante.

Cinq heures de l'après-midi. Il fait déjà nuit. La ronde des enfants commence, sonnant de porte en porte pour glaner des bonbons et autres sucreries qui iront remplir le seau en forme de citrouille ou les sacs en plastique de réserve. Beaucoup ont au cou la boîte en carton de l'UNICEF.

En fin de tournée, quand les adultes ont épuisé les sacs et les sacs de bonbons préalablement achetés pour l'événement, ils donnent quelques pièces qui seront collectées plus tard dans les écoles. La réserve de bonbons durera toute une année pour de nombreux enfants.

Les consignes sont strictes: les maisons doivent être décorées et allumées. Il faut rester sur le seuil et ne jamais entrer dans la maison inconnue. Les bonbons seront vérifiés par un adulte avant consommation.

Seulés les sucreries emballées sont acceptables. Les radios, les télévisions, les journaux rappellent les consignes et les mesures de prudence. On recommande des vêtements clairs, on distribue des bandes fluorescentes à coller sur les costumes. Des pompiers, des employés de la Ville, des bénévoles, arpentent les trottoirs, font traverser les rues aux enfants, arrêtent ou ralentissent la circulation pour laisser parfois traverser la chaussée a une meute d'enfants grimés, porteurs de citrouilles en plastique débordant de bonbons.

Ancestrale coutume celte. Rite paien d'entree dans l'hiver. Exorcisme de tous les démons et bestioles plus ou moins sympathiques qui viennent chercher refuge dans les maisons pour se protéger du froid. Mime des peurs humaines et revanche innocente des enfants, l'Halloween (Hallow Even) nous vient de l'Irlande. Reveil d'un rite ancien pour répondre a la fête catholique de la Toussaint et à celle de la fête des morts.

L'Halloween a traversé la mer, il y a longtemps. Depuis quelques années, cette fête a pris de l'ampleur ici à Montréal. Besoin d'oublier la torpeur du contexte économique ? Regain des coutumes oubliées ? Enjeu economique (cela rapporte plus que la Fête des mères en Amérique du Nord !), l'Halloween a gagné les bureaux, les familles, les bars et les restaurants. Les adultes se déguisent et jouent ce soir-là, comme les enfants qu'ils ont été, comme ceux qu'ils ne sont plus...

L'Halloween est passé. Il faisait doux cette année et la ronde des bonbons, en accompagnant les enfants, a été un plaisir. Au cours d'anglais, cet après-midi là, j'étais une sorcière...
Odile

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