Rosa Bonheur, une femme hors du commun

En France, on la connaît surtout pour avoir été la première femme décorée de la Légion d'Honneur (et par l'impératrice Eugénie soi-même !) . Mais en Angleterre et aux Etats Unis, on la considère comme un grand peintre animalier, voire l'un des plus grands.. Une femme peu commune, assurément, qui passait sa vie dans les cours de ferme, habillée comme un homme parce qu'elle en avait reçu l'autorisation officielle (!) et que ça devait être plus commode pour marcher dans la boue.. Une passionnée d'animaux au point d'élever des lions chez elle, une femme qui assumait son homosexualité à une époque où ce n'était guère facile, une admiratrice de George Sand et de Géricault, une copine de Buffalo Bill, une disciple de l'utopiste Saint Simon, une fumeuse de cigares portant le cheveu court, bref une sacrée petite bonne femme qui avait eu la chance d'avoir un père partisan de l'émancipation de femmes et de connaître à l'étranger un succès qui la mit à l'abri du besoin et lui valut l'estime des plus éminents personnages. le marché aux chevauxSa peinture, réaliste, montre un souci du détail minutieux et donne l'illusion de la vie, que ses modèles soient sauvages ou domestiques. Sa toile la plus connue et qui la rendit célèbre en Angleterre s'appelle "le marché aux chevaux". Exposée à Paris au Salon en 1853, elle est inspirée d'un véritable marché aux chevaux qui se tenait à l'époque boulevard de l'Hôpital en face de la Salpêtrière. La reine Victoria elle même se le fit montrer au château de Windsor, c'est vous dire.le renardCe renard est également remarquable, on dirait qu'il va bondir et s'enfuir dans une seconde, parce qu'il vient d'être surpris, et même terrorisé par le chien de chasse.. Rosa a peint toutes sortes d'animaux : lapins (admirez leur regard sur le tableau reproduit plus bas), sangliers, chiens, chevaux, vaches et taureaux, moutons, biches et cerfs, mouflons... Elle a également réalisé quelques bronzes. Née en 1822 à Bordeaux, devenue célèbre dès 1850, elle est morte à 77 ans près de Fontainebleau, où elle avait une propriété remplie de bestioles diverses. Aujourd'hui ses oeuvres sont pour la plupart dans les musées anglo saxons. En Angleterre , où on l'a pour ainsi dire annexée, on la considère quasiment comme une peintre victorienne, indubitablement influencée par un certain Landseer, peintre animalier lui même et anglais bien entendu, (qui grava sa fameuse toile du marché aux chevaux) et comme l'une des plus grands peintres animaliers de toute l'Histoire . Mais on reconnaît qu'elle était moins sentimentale que ce dernier (tapez Landseer sur Google et vous verrez les tableaux de ce monsieur.)

C'est dans l'une de ses biographies anglo-saxonnes qu'on apprend que sa mère lui enseigna les lettres de l'alphabet représentées par des animaux, ce qui serait à l'origine de sa passion ! Aux Etats Unis, où l'on considère que son amitié avec Buffalo Bill révèle son engagement pour la liberté de l'american way of life, on apprécie beaucoup ses peintures inspirées par les Indiens, pour qui elle avait une sorte d'admiration mêlée de pitié.

On dit aussi qu'elle s'était inspirée, adolescente, des maîtres hollandais qu'elle allait copier au Louvre. Et qu'à 26 ans elle obtint sa première médaille d'or, octroyée par un jury où figuraient, excusez du peu , Corot, Delacroix et Ingres ! Pourquoi est-elle si peu reconnue en France ? Mystère et boule de gomme. Hormis peut-être par Mme Marie-Thérèse Caille, conservatrice du musée de l'École de Barbizon et qui écrit à son sujet : "Proche du réalisme des peintres animaliers de Barbizon fervents de l'observation directe, Rosa Bonheur exécute de véritables portraits d'animaux qui servent aujourd'hui aux scientifiques pour identifier des races anciennes disparues. Grâce à son indépendance de caractère et à sa célébrité, elle réussit à traverser son siècle sans être atteinte par aucune mode ou influence."

Dans les fragments de son autobiographie, on apprend qu'autour de ce qu'est aujourd'hui Villiers ou le parc Monceau, c'était la campagne ! Il y avait encore des laboureurs et des fermiers... On voit aussi qu'elle avait une solide technique, et avait étudié l'anatomie des animaux, allant même jusqu'à réaliser des dissections. Une sacré bonne femme, on vous dit ! Et dont le nom de famille était un vrai porte-bonheur.

EC.