Camille Claudel, une artiste méconnue

la valsePour la Fête de l'Internet, les Internénettes ont eu la chance d'accueillir Reine-Marie Paris, descendante de Camille Claudel, qui a eu la gentillesse de retracer pour nous quelques moments de la vie de l'artiste, de ses difficultés, de ses combats…

Reine-Marie Paris est la petite-fille de Paul Claudel, et par là-même, la petite nièce de Camille Claudel , artiste que le film avec Gérard Depardieu et Isabelle Adjani a fait connaître au public, mais dont l'œuvre a été éclipsée par la gloire de Rodin, dont Camille était l'élève. Reine-Marie a longtemps ignoré le talent de sa tante. Dans sa famille, on ne parlait pas de Camille, morte à l'asile, enfermée suite à une maladie provoquant des délires paranoïaques. Il a fallu attendre ses fiançailles et la présentation officielle de son futur à sa famille. Son mari a en effet été frappé par la beauté d'une sculpture sur la cheminée familiale. S'enquérant de son auteur, il lui fut répondu par Paul Claudel, grand-père de sa promise, que c'était l'œuvre de sa sœur Camille. Reine-Marie découvre alors que d'autres chef-d'œuvre de l'appartement de ses grands-parents sont également de cette grande tante méconnue. Ce fut le déclic. Subjuguée, Reine-Marie s'est lancée à la découverte d'une œuvre alors presqu'inconnue.

 

Camille Claudel est née en 1864, une époque très dure pour les femmes, et plus encore pour les femmes artistes. On trouve quelque très rares femmes peintres, mais presque pas de femmes sculpteur, sauf pour un travail très classique. La sculpture est un milieu encore moins ouvert aux femmes à cause de son côté physique, du poids des outils, de la pierre…

A cette époque, il n'y avait pas de section réservée aux femmes aux Beaux-Arts, il faut attendre 1892 pour cela. Douée pour l'art depuis qu'elle est petite, Camille, dotée d'une très grande volonté, imposera sa vocation à ses parents. C'est pour qu'elle puisse avoir une formation, et pour que son frère Paul suive de bonnes études, que les parents, d'origine modeste, " montent " à Paris. Elle entre d'abord dans l'atelier d'Alfred Boucher, qui la présente à Paul Dubois, et c'est à 17 ans qu'elle entre dans l'atelier de Rodin, âgé de 24 ans. Rodin est déjà reconnu et il vient de recevoir la commande de la Porte de l'Enfer, à laquelle Camille Claudel participera. Sur les 200 figurines de la porte, elle en a sculpté plusieurs elle-même, mais n'avait pas le droit de les signer. A l'époque, il semble que ce soit monnaie courante, lorsqu'on appartient à l'atelier d'un maître de rester dans l'ombre. Ce sera l'un des griefs que Camille Claudel reprochera à Rodin. Elle a l'impression d'être utilisée. Amoureuse et âpre au travail, elle abat un ouvrage monumental, mais non reconnue. Elle reproche à Rodin de l'utiliser et de ne rien lui apporter, ce qui n'est pas complètement exact. Il l'exploite assurément, mais, bien qu'elle ait déjà du métier, il lui apporte plus d'énergie, de liberté d'expression. Elle se sert également de son image, inscrivant " élève de Rodin " sur ses cartes de visite.

vérité sortant du puits

Dès qu'elle expose, à la Société des Artistes Français, Camille Claudel se fait remarquer. Elle obtient plusieurs critiques, en général, positives. Mais son travail ne se vend pas.

Camille Claudel a peu de relations avec les autres. Elle n'en a même plus avec son frère Paul avec qui elle s'était toujours entendue, depuis qu'il a appris son avortement qui lui semble le pire des crimes. L'avortement était complètement interdit à cette époque : pensez que même après la seconde guerre mondiale, une " avorteuse " a été guillotinée ! Quant à Camille, elle aurait bien gardé l'enfant si Rodin avait accepté de l'épouser, ce qu'il a toujours refusé de faire. Et la situation de fille-mère faisait partie des pires hontes de l'époque…

Sa psychose paranoïaque s'accentue. Elle accuse Rodin, qu'elle a quitté, de tous les maux. Elle l'accuse de copier les autres artistes, elle en particulier. Elle ira même jusqu'à l'accuser d'avoir voler la Joconde, volée en 1902. Pour ça, elle le dénoncera même à la police, alors qu'il est tout à fait innocent de ce vol.

Camille Claudel a beaucoup créé… mais beaucoup détruit. On la retrouve un jour de crise dans son atelier, une masse à la main, au milieu des débris de ses œuvres… Son fondeur, également son ami, réussi à rassembler quelques morceaux qu'il fera fondre, mais de nombreuses œuvres sont en miettes… Elle est inguérissable, et après la mort de son père, elle est internée. Mais même à l'asile, elle n'est pas tranquille : on raconte qu'elle ne mangeait que des patates bouillies avec leur peau et des œufs durs ayant encore leur coquille quand on les lui apportait, par peur d'être empoisonnée… Elle meurt internée et dans une grande solitude.

Aujourd'hui, seule une centaine d'œuvres sont connues. Beaucoup ont été détruites par Camille, d'autres ont disparu… Le Musée Rodin en possède une douzaine, une petite dizaine de musée en ont chacun une, voire deux, et Reine-Marie en a repéré une cinquantaine dans différentes collections privées. Elle a même découvert des plâtres qui n'ont pas été fondus et qui permettrait de réaliser quelques originaux posthumes… Le rêve de Reine-Marie : regrouper toutes ces œuvres pour fonder un musée Camille Claudel qui rendrait hommage au talent de sa grande tante. C'est déjà elle qui a été à l'initiative du film Camille Claudel, assez fidèle, sauf pour les dialogues inventés, afin de faire connaître Camille Claudel au public… Mission réussie !

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