Claire Jallois Esposito Farèse

 

Claire Jallois :
elle ne s'arrêtera jamais de peindre

Claire Jallois : Forêt «  C'est un vitrail ? » me demande une amie à qui je montre la reproduction d'une œuvre de Claire Jallois. « Non, c'est une peinture à l'huile » lui dis-je, tout en réalisant combien elle a raison : ce pourrait tout-à-fait être un vitrail. Les effets de cloisonné qui semblent décomposer la lumière en ses différentes teintes, les lignes géométriques qu'on imagine faites de plomb et qui font ressortir à la fois ce que les branches des arbres ont de tordu et la vivacité des couleurs, tout rappelle en effet ce que l'on aime à voir dans les vitraux. Mais le prisme à travers lequel passe cette lumière, il n'est pas en verre ni en cristal. Ce sont les yeux de Claire Jallois.
Claire a eu la gentillesse de répondre à mes questions quand je l'ai rencontrée à l'espace Quartier Latin, en avril, lors de sa dernière exposition à Paris : voici le résumé de cet entretien.

Claire Jallois devant ses tableauxJeune cévenole repérée à 20 ans par un galeriste chez lequel elle vient faire encadrer l'un de ses tableaux et qui lui offre une exposition sur le Vieux Port à Marseille, Claire Jallois rencontre ensuite son mari, Aimé Esposito-Farèse, qui peint lui aussi. Il feront ensemble plusieurs expositions, à Arles, à Martigues, etc. Puis la famille quitte le sud pour Sarcelles, où Claire enseigne les arts plastiques pendant une vingtaine d'années avant de poursuivre le même métier au collège George Sand rue de Tolbiac. Sans jamais cesser de peindre. Sans jamais cesser de faire revivre sur la toile la lumière, les couleurs, les arbres du Midi perdu, qu'elle peignait autrefois sur le motif. Attention cependant : il ne s'agit pas uniquement d'un jeu de formes et de couleurs, bien qu'elle avoue être de plus en plus attirée par l'abstraction, en vieillissant. Claire aime en effet que ses tableaux touchent, qu'ils provoquent une émotion chez ceux qui les regardent. Au début, elle travaillait beaucoup le dessin, jusqu'à ce qu'elle réalise dans une sorte de « révélation » que « la peinture, c'est la couleur !». Aussi dans ses tableaux d'aujourd'hui, c'est la couleur qui prime et qui donne l'inspiration générale : intérieur extérieur ou la chaisela forme ne vient qu'ensuite. Ce qui ne la fait pas pour autant tomber dans la facilité. Comme Bonnard, son peintre préféré, qui retouchait paraît-il ses œuvres jusque dans les musées, elle a du mal à considérer une peinture comme terminée et ressent toujours l'envie d'y revenir. Aussi, l'événement que constitue une exposition est pour elle une ponctuation nécessaire, la fin d'un cycle en quelque sorte ; l'occasion de passer à autre chose. On trouve peu de portraits, de silhouettes dans les tableaux de Claire Jallois : non qu'ils ne l'inspirent pas, mais elle ne supporte pas l'idée de déformer le visage ou le corps humain. C'est la raison pour laquelle elle n'aime pas certains portraits de Picasso dont elle admire pourtant profondément toute l'œuvre. C'est aussi pourquoi elle se sent comme agressée par les tableaux de Francis Bacon, tout en lui reconnaissant une puissance un talent indéniables. Les dernières œuvres de Claire Jallois se font alors plus abstraites, comme dans ses récents papiers froissés. On y retrouve les couleurs et la lumière, alors que les formes, toujours inspirées par la nature — feuilles, bois, roches — sont plus évoquées que reproduites, dans des textures qui tendent à la limite vers le motif décoratif. « Elle ne s'arrêtera jamais de peindre, car elle ne connaît pas encore ce qu'elle cherche, après tant d'années. Et c'est sa modestie et sa richesse  » écrit sa fille Sylvie Esposito-Farèse dans un recueil-catalogue intitulé « Cahier pour Claire  ».

Élisabeth
5 mai 2005