« Mail entretien » avec Chantal Robillard

Chantal Robillard a très gentiment accepté de répondre par mail aux questions d'Élisabeth, pour Internénettes.

Comment et quand as-tu commencé à écrire ?
Dès que j'ai su lire et écrire. De 5 à 16 ans j'écrivais tous les jours ; puis j'ai complètement arrêté l'écriture de fiction, pour la reprendre à 40 ans passés.

Quels sont tes livres ou tes auteurs préférés ?
Giono, Saint-Exupéry, Jouet, Fournel, Fruttero et Lucchentini, Hugo Pratt... J'aime trop les livres pour me limiter à un seul auteur, un seul genre. Quand j'ai le cafard je me relis avec toujours le même bonheur certains livres comme « le voleur de nostalgie » d'Hervé Le Tellier, « l'amant sans domicile fixe » de F et L ( à qui j'ai repris un personnage dans « i merletti » ) ou « le petit prince » de Saint-Exupéry.

Quels sont au contraire les auteurs ou les livres que tu n'aimes pas ?
Les longs récits autobiographiques où « l'auteur » s'étale copieusement. Je n'en citerai pas, les librairies en sont pleines ! Et si je mets des guillemets à auteur c'est que bien souvent un « nègre » a fait le travail à leur place et qu'ils signent des ouvrages dont ils n'ont jamais écrit la moindre ligne.

D'après-toi faut il avoir quelque chose à dire pour écrire ?
Bien évidemment !

Écris-tu « pour toi » ou pour des lecteurs ?
Pour soi on écrit des journaux intimes. Si on choisit de vouloir être écrivain, c'est forcément pour les autres et pour leur transmettre quelque chose.

T'imposes-tu une discipline quotidienne d'écriture ou écris-tu quand l'envie te prend (ou quand ton boulot t'en laisse le temps) ?
Q
uand j'en ai le temps et à condition que j'en ai envie. Le premier jet est souvent rapide, un week end, et la suite souvent très longue, surtout pour les textes « à contraintes » : par exemple « de verre vert » écrit en moins d'un quart d'heure, assise sur un banc dans la montagne pendant une randonnée, pour le premier jet... et plus de six mois pour tout le travail de langue. Et « i merletti di cenerentola »... accouché en 9 mois !
En revanche, et ça j'aime bien aussi, certains textes à contraintes mènent leur auteur : c'est le cas de « romance en mer sereine », où j'ai dû avancer pas à pas, littéralement mot à mot, moi qui ai l'écriture très facile d'habitude.

D'où te vient ce goût pour les contes et la littérature enfantine ?
Depuis toujours ! J'aurais du mal à situer un départ précis. Mais précisons bien : les contes ne sont pas de la littérature pour enfants, et Perrault écrivait pour la Cour. En tout cas le conte permet de dire des choses graves avec humour ou sans avoir l'air de prendre parti, il laisse la liberté de changer de temps et d'espace sans aucune invraisemblance ou risque d'anachronisme. Le fantastique me plait bien, mais je ne l'utilise pas tout le temps.

Y a t-il d'après toi une structure commune aux contes ?
La « morphologie des contes de fées » est à croiser avec la « psychanalyse des contes de fées » si on ne veut pas perdre la forme au profit du contenu ou l'inverse. L'un ne va pas sans l'autre, pour moi c'est une évidence. En tout cas je me sens bien dans le conte, la nouvelle, la poésie, le récit court, — ce qui ne veut pas dire que j'en ferai tout le temps.

Pourquoi la forme est-elle si importante pour toi ?
Elle canalise le contenu, lui donne une originalité d'expression, permet à l'auteur de distancier le sujet, de rechercher des registres de langues différents du parler habituel, de l'écrit classique, mais aussi de ne pas se répandre en bavardages sur soi ou les autres.
Parallèlement elle permet au lecteur d'être vraiment actif, de chercher les correspondances, puisqu'un texte à forme imposée est obligatoirement à reprendre, relire, redécouvrir dans ses subtilités, son vocabulaire, ses références évidentes ou cachées, ses jeux de mots... son intratextualité aussi : la plupart de mes textes se répondent, leurs personnages passent de l'un à l'autre en changeant quelquefois de siècle, de lieu, de métier, d'âge : il n'y a qu'en les relisant qu'on le voit vraiment. De plus j'en ai qui passent d'un recueil à l'autre. ça suppose un lecteur et une lectrice qui ont de la mémoire et une tournure d'esprit ludique.

Que conseillerais-tu à quelqu'un qui a envie d'écrire mais ne sait comment s'y prendre ?
De lire, lire, lire et encore lire !

Échange de mails entre Chantal Robillard et Élisabeth Chamontin, 14 juin 2004.

Sommaire
Biographie et bibliographie de Chantal Robillard
Nouvelle de Chantal Robillard : le sirène et la licorne.