Iva la diva

Elle est à moitié slovaque et à moitié moldave, (elle est tchèque, quoi !), et elle s'appelle Iva Bittová . Sans oublier l'accent sur le a .
De son père, Koloman Bitto, elle a hérité un don pour la musique et la pratique des instruments les plus divers (il jouait de la basse, de la trompette, de la guitare et du dulcimer) bien qu'elle ait une affection particulière pour le violon et l'alto, (instrument que les quelques sites en français consacrés à cette musicienne s'obstinent par ignorance à appeler "viola", son nom en anglais).
De sa mère, Ludmila Masarová (avec un chapeau sur le r, comme pour Dvorak mais je ne sais pas e faire en html) elle a peut-être gardé la voix, admirable par l'étendue de son registre comme par la palette de ses nuances; en tout cas la passion du chant, certainement.
Durant ses longues années d'étudiante à l'école d'art dramatique, elle a acquis, en plus, un réel talent d'artiste de scène, d'actrice, de danseuse, une expressivité qui va du mime à la danse hindoue en passant par la maîtrise des moindres muscles de ses épaules, de ses bras et de ses mains, si typique des orientales.
Sa musique originale est un mélange de thèmes traditionnels de son pays, qu'elle évoque au travers d'histoires de vampires ou de chansons mélancoliques, mais aussi de musique moderne expérimentale, (elle m'a fait penser un peu à Cathy Berberian), de rock et de rythmes africains, impression que sa décontraction en scène , ou plutôt sa présence de diva, ne fait qu'accentuer.

Décibels d'Iva..

On passerait peut-être à côté de l'essentiel en s'arrêtant à cette présence, à sa façon de bouger, à ses mimiques étonnantes, qui font dire à certains qu'elle en fait un peu trop. L'essentiel, c'est sa musique, et plus précisément la façon très particulière qu'elle a d'alterner voix et violon, et puis de les marier, chantant et jouant en même temps, souvent à l'unisson, à tel point que son chant devient parfois indiscernable de celui de son instrument, l'ensemble formant simplement quelque chose de plus riche en harmoniques. Elle peut passer en un instant d'un style intimiste, tendre et doux, à un déchaînement furieux de sons et de décibels, et la mimique suit, mais elle n'est pas indispensable à l'écoute.. Iva est éblouissante aussi dans quelque chose de très technique qui ressemble au "scat" des jazzmen, une façon d'articuler les syllabes (plus proche cependant du takatchikotom que du doubadabidou, si vous voyez ce que je veux dire) lorsqu'elle n'utilise pas la langue tchèque. La "versatilité" de son talent, (comme diraient les anglo-saxons), apparente son art au spectacle total. Chacun y trouve son compte : l'amateur de musique classique est assis entre celui du rock et celui de la gestuelle, le dépressif à la recherche d'un "tragique" sonore, voisine avec l'éclectique blasé que touchent seulement les surprises musicales.

Avide de diva*

Bref, même s'il a fallu subir auparavant - et pendant une bonne heure, les doigts dans les oreilles - les braillements insensés d'un chanteur accompagnés des saxoconneries d'un souffleur qui s'y croyait, je ne regrette pas, vous l'aurez compris, la soirée que j'ai passée, le 4 décembre 2002, à la Maroquinerie, dans le 20 ème arrondissement de Paris. Une salle pas tellement faite pour les gens de plus de 45 ans, non fumeurs, claustrophobes et souffrant du dos, et qui de plus n'apprécient que modérément la piquette des Cévennes dans un verre en plastique à l'entracte, mais bon, on accepte de temps en temps l'inconfort relatif, lorsqu'il est la condition de telles découvertes.

Mon seul regret, c'est d'avoir bêtement oublié mon appareil numérique. Une raison supplémentaire de vous inciter à découvrir les merveilleuses photos de scène réalisées par Hélène Collon à l'adresse internet suivante,
http://perso.club-internet.fr/stellast/banlieues2000/bittova2000/bittovavign.htm pendant le festival des banlieues bleues, et d'où est extraite la photo ci-dessus, ou à aller sur le site officiel consacré à Iva Bittova, http://www.bittova.cz sur lequel j'ai trouvé les autres. Vous les verrez plus nombreuses et en nettement plus grand.

Enfin, terminons par le meilleur, des extraits musicaux autorisés, en real audio, soigneusement recueillis par Guy Savio et audibles sur son site aux adresses suivantes.

http://guysavio.chez.tiscali.fr/fichiers/nehledej.ram (pour le takatchikotom) http://guysavio.chez.tiscali.fr/fichiers/dos.ram et aussi http://guysavio.chez.tiscali.fr/fichiers/blazen.ram ou encore http://guysavio.chez.tiscali.fr/fichiers/vim.ram

Que cela vous donne envie d'acheter les disques d'Iva Bittova pour Noël ou le jour de l'an !

Elisabeth Chamontin

* c'est un palindrome pour ceux qui ne l'auraient pas remarqué, c'est à dire que ça se lit dans les 2 sens.