Lavinia au féminin

Des centaines de personnes faisaient la queue boulevard de la Madeleine, vendredi La foule chez Laviniasoir 15 octobre 2004, en attendant que le magasin Lavinia ouvre ses portes pour une soirée « dégustation au féminin » : plus de vingt viticultrices y exposaient et vendaient en effet les produits de leurs vignes. Danièle, qui était invitée, m'y avait conviée et bien évidemment, nous sommes tombées sur Annick, Béa et Raphaëlle qui y faisaient leur marché nocturne. Malgré la bousculade (et l'impossibilité physique d'approcher certains stands...) nous avons pu goûter quelques bouteilles pour avoir le plaisir de vous faire envie. Nous avons commencé par le rez-de-chaussée,Mireia , une vraie TorresMireia Torres, représentant la cinquième génération des célèbres viticulteurs catalans, présentait un Nerola rouge de 2002, assemblage soigneux de Syrah et de Monastrell aux notes framboisées et à la belle robe sombre, élevé s'il vous plaît dans des barriques de chêne françaises ! 19,90 € la bouteille, c'est un peu cher cependant.

Mais déjà nous étions poussées par la foule vers le stand suivant : à peine le temps d'attraper un peu de jambon basque et un bout de cantal, et nous avions quitté l'Espagne pour l'Italie, ou Lorenza Sebasti, aussi blonde que saLorenza Sebasti collègue espagnole, nous versait un verre d'un merveilleux Chianti Classico, le Castello di Ama. Là, j'ai vu les yeux de Danièle pétiller. Principalement constitué du cépage local Sangiovèse, (à 95 %, plus un peu de canaiolo sans doute) ce vin de Toscane dégage des arômes aussi épicés que fruités. C'est sans conteste l'un des meilleurs que nous ayons goûtés cette soirée. Sans doute cela explique-t-il son prix : 28 € la bouteille. Toujours au rez-de-chaussée, consacré vous l'avez compris aux vins étrangers, nous avons poursuivi avec un autre vin espagnol, mais de Castille cette fois, Xaviera FalcoPagos de Familia Summa Varietalis, élaboré à partir de Syrah, de Cabernet-Sauvignon et de Petit Verdot, que nous a fait goûter Xaviera Falco. Bon, vieilli 12 mois en barriques françaises, mais attention à ses 14°, c'est un vin comme on dit ensoleillé, il faut le boire avec des Ray-Ban ! 26,70 la bouteille, tout de même. Alors retour en Catalogne, à Montsant au sud de Barcelone, chez la brune Sara Pérez qui nous Sara Pérez l'oenologuepropose un mélange de Syrah (60 %) et de Carignan (40 %) – on dit Carinyena chez eux – baptisé du beau nom de Vénus, sans doute parce qu'il est rond, bien équilibré, élégant et sensuel.

Nous renonçons à l'Afrique du Sud, très encombrée, pour descendre le grand escalier de Lavinia et rejoindre la France au sous-sol.

Au pied de l'escalier, Françoise Dutheil de La RochèreMme Dutheil de La Rochère (une vraie marquise ?) nous propose un verre de son Bandol, le château Sainte Anne : les millésimes datant d'une dizaine d'années sont réputés, mais celui que nous avons goûté méritait de vieillir encore un peu. Alors nous nous sommes dirigées vers quelque chose d'une couleur jaune abricot doré qui nous semblait assez sympathique. Évidemment ! C'était le Sauternes de Mireille Daret, le Cru Barréjats de Barsac, encensé par les Gault et Millau et autres guides des vins, unanimes ! Mireille, Mireille Daret et son bon remèdeen plus d'être vigneronne, est médecin. Son Sauternes devrait donc être remboursé par la Sécurité Sociale. J'avais bien ma carte vitale, mais ça n'a pas marché...C'est un vrai vin de terroir, naturellement liquoreux, travaillé sans aucun artifice, à déguster avec le foie gras ou le roquefort, ou comme ça en apéro. 35 € justifiés.

Juste à côté de Mireille, sur la même table, Carole Salen nous présente un produit original : c'est un vin cuit (vraiment cuit) du Domaine Les Bastides Carole Salen et son vin cuitprès d'Aix en Provence, un produit bio qui sent l'abricot. En le goûtant, j'ai pensé au vin doux que mon arrière grand tante nous sortait du buffet monumental pour nous faire honneur quand nous lui rendions visite. Délicieusement démodé ! Le prix, très actuel, lui, est de 23,50 €.

Mais l'heure est venue pour moi de passer aux choses sérieuses. Je sais bien que Danièle n'aime pas les bordeaux, mais je vois là un Graves qui me tend le goulot, et nom d'un chien, Florence Cathiard et ses Gravesc'est un grand cru classé ! Un authentique château Smith Haut Lafitte 2001 rouge, je craque ! Pendant que Danièle fait la blasée, je me régale des arômes de réglisse et de mûre en rendant grâces à St Pessac et St Léognan, (mélange cabernet-sauvignon, merlot et cabernet franc, 50 €) puis enchaîne avec le même en blanc : 90 % sauvignon blanc, 5 % sauvignon gris, 5 % sémillon. Moins convaincue, et pourtant j'adore les graves blancs. Vite, profitons d'un embouteillage Catherine Pere Verge, du contenant au contenu(c'est le cas de le dire) devant les stands pour tendre mon verre (qui n'est pas en cristal d'Arques) vers Catherine Pere Verge et son château Montviel 2001, un Pomerol (70 % Merlot) dans lequel j'ai hélas à peine le temps de tremper les lèvres et que je laisse à regret, emportée par la foule (musique !) en notant qu'il coûte 39 €. J'atterris dans un verre de Vinsobre curieusement orthographié « vin sobre » dans le dépliant de Lavinia :-), qui souffre hélas terriblement de la comparaison avec les trésors que je viens de déguster. Vinsobre, c'est dans la Drôme, pas loin de Grignan. il s'agit donc d'un Côtes du Rhône Village, Isabelle Forêtdomaine Gramenon, trop cher me semble-t-il. A côté, la cuvée de la Mémé, du même domaine mais en Côtes du Rhône, vante ses « ceps centenaires ». La foule est devenue très dense. Nous nous frayons un chemin jusqu'au premier étage, celui des alcools (cognac,armagnac, eaux de vie) histoire de respirer un peu, mais surtout d'assister à la remise du trophée de la vigneronne de l'année par la journalisteles boucles d'oreilles dégustation Isabelle Forêt, auteur d'un Guide du vin au féminin, « fémivin ». Qui est l'heureuse élue ? Il s'agit d'Anne-Claude Leflaive, gérante du domaine qui porte son nom, et adepte de la « biodynamie » en Bourgogne. Et flûte ! On n'a même pas pu goûter son Puligny Montrachet 1er cru 1999 Anne Claude Leflaivetellement il y avait de monde autour ! Anne-Claude nous fait un petit discours très écolo, très anti-OGM, etc.

Puis Isabelle lui remet le fameux trophée, une espèce de corbeille de raisins en verre qui va très bien, je trouve, avec les boucles d'oreilles « spéciales dégustation » que Danièle avait mis ce jour là !

Pour en savoir plus sur Lavinia : c'est une reine troyenne, c'est le titre d'une nouvelle de George Sand, c'est la méchante dans la série télé pour enfants « princesse Sarah », certes, mais c'est aussi le plus grand magasin d'Europe, uniquement consacré aux vins du monde entier, avec un restaurant au premier.

En voici l'adresse exacte :
Lavinia France
3, bd de la Madeleine,
Paris 1er
01 42 97 20 27

Élisabeth 19 octobre 2004


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