
Qu'est
ce qu'un Grand Vin ?

Une conférence-débat
organisée au Café des Techniques du CNAM le 16 décembre
2004 réunissait : M. Gaudière, chercheur
bordelais, M. Berger, du CTIPVV (Centre Technique
Interprofessionnel de la Vigne et du Vin), Gil Morrot,
chercheur à l'INRA (notamment sur les comportements des consommateurs)
et Hubert de Montille, vigneron bourguignon, que vous
avez sans doute vu dans le film Mondovino.
D'emblée
le ton était donné par Hubert de Montille : ce n'est
pas « un avocat qui s'est reconverti et qui aime la confiture
et le pop corn » qui doit décider au niveau mondial
de ce que sont les grands vins ! (i.e. Parker pour ceux et
celles qui ne l'auraient pas reconnu).
Pour Hubert de Montille la qualité d'un vin dépend
de 3 éléments :
- le terroir
un cépage adapté au terroir
des facteurs humains et notamment la manière de conduire
la vinification.
Un premier groupe
de questions posées par la salle a concerné les
additifs et notamment l'ajout de copeaux de bois. Les
arômes boisés apparaissent en effet comme un des critères
de qualité du vin, tout particulièrement chez les
adeptes de la bible Parker.
Réponses
de M. Gaudière et de M. Berger :
On ne peut pas
assimiler le goût boisé donné au vin par l'ajout
de copeaux de bois et celui qui provient d'un élevage en
barriques neuves. Dans le cas des copeaux il s'agit d'une
« aromatisation » du vin. Alors que dans une barrique,
le vin se transforme, subit une oxydation-réduction ; la
barrique permet d'obtenir des tanins. Le vin ne prend pas seulement
un goût boisé au contact de la barrique, c'est là
qu'il s'élabore.
Les additifs
les plus couramment utilisés sont l'anhydride sulfureux
(celui là même qui peut donner des maux de tête)
qui est un anti-oxydant et un antiseptique et contribue donc à
la conservation des vins. Les autres additifs utilisés dans
l'élaboration des vins sont le sucre, les acides
organiques (citrique, tartrique, ascorbique), le blanc d'uf
pour le collage, des enzymes pour la clarification, les levures
et les bactéries pour les fermentations.
Pour Gil Morrot
il est étonnant de voir à quel point les consommateurs
ne savent pas reconnaître les vins. Il a mené plusieurs
études et cite plusieurs anecdotes : pour un même vin
blanc coloré (avec des anthocyanes, le colorant naturel du
vin, quand même
) les consommateurs trouvent successivement
des arômes d'agrumes s'il est proposé blanc et des
arômes de fruits rouges et de fraise s'il est présenté
teinté en rouge.
Tout dans la dégustation est une question de mise en condition,
de contextuel (cérémonial) et de culturel. Chacun
apprécie le vin selon ses propres références.
Autre question
: le fait d'avoir un vin issu de vieilles vignes est-il un
gage de qualité ?
La mention «
Vieilles vignes » sur une étiquette est avant tout
un argument marketing. Souvent une partie des ceps a été
renouvelée sur une parcelle, ce qui fait que le vin n'est
pas véritablement issu de vieilles vignes. Mais c'est un
fait que les vignes apportent un meilleur équilibre dans
le développement des raisins, lorsqu'elles arrivent à
l'âge adulte (soit une quinzaine d'années, les vignes
pouvant être productives jusqu'à 100 ans), du fait
d'un enracinement plus profond. Il n'y a pas de réglementation
en France concernant la dénomination « Vieilles vignes
».
Et pour
conclure, qu'est ce donc qu'un grand vin :
Pour M. Berger
un grand vin c'est un vin qui présente un équilibre
harmonieux entre les éléments naturels et la capacité
de l'homme à le mettre en musique.
Pour M. Morrot
la notion de grand vin n'existe pas, il n'y a pas de norme dans
l'hédonisme, chacun définit ce qui est grand et
bon pour lui en fonction de sa culture.
Pour Hubert
de Montille il faut prendre en compte la relativité du
moment de la dégustation et la convivialité qui sont
très importants dans l'appréciation d'un vin.
Et en résumé : « c'est un vin équilibré
que j'aime à boire et que je ne vais pas recracher. »
Mais en fait
il semblerait que nous ne buvions pratiquement que des grands vins.
Vous recrachez souvent, vous ??
Danièle
Retour |