Historique

DOM PERIGNON

Dom Pérignon, moine bénédictin d’illustre renommée, naquit en 1639, un an après Louis XIV, et mourut en 1715 la même année que le roi soleil, après avoir assuré durant quarante-sept ans les fonctions de procureur et de cellérier en l’Abbaye d’Hautvillers.

Signe du destin, clin d’oeil de l’histoire ? Cet homme, à l’instar de son illustre contemporain, marqua son siècle par la découverte du secret du vin de champagne.

Son génie consista à découvrir les cinq éléments majeurs qui allait contribuer à l’élaboration de ce vin pétillant tel que nous le connaissons aujourd’hui.

En premier lieu, ayant compris que la pression qui s’élevait dans le breuvage était due à la présence de gaz carbonique, il décida d’utiliser des bouteilles faites d’un verre plus épais et par conséquent plus résistant aux effets de la fermentation, qui jusqu’à lors provoquait d’inévitable et d’inexplicables explosions.

De même, et toujours dans un soucis de résistance à la pression, il fut à l’origine du remplacement des broquelets en bois recouvert de chanvre qui à l’époque bouchaient les bouteilles, par des bouchons en liège d’Espagne maintenu par une ficelle.

Il eut ensuite l’idée d’assembler des raisins et des vins de lieu-dit différents pour en faire la cuvée. Cette méthode est encore de nos jours à la base de la fabrication du vin de Champagne.

Dom Pérignon fut également le père du concept du pressurage rapide et fractionné des raisins noirs, majoritaires en Champagne, pour en extraire un jus blanc comme le cristal.

Enfin, il fit creuser des caves en pleines craies (spécificité du sol de Champagne) assurant le vieillissement à température constante du vin tout en limitant considérablement la casse.

Pour comprendre l’importance des découvertes de Dom Pérignon, il convient de savoir qu’à l’origine le vin de champagne n’était pas mousseux et concurrençait celui de Bourgogne.

Dom Pérignon, travailleur acharné, observateur minutieux, a su donner au vin de Champagne l’identité qui lui manquait et qui le caractérise encore de nos jours. Ce faisant, il a insufflé à la Champagne tout entière un esprit novateur et exigeant quant à la sélection et aux soins apportés à l’élaboration et à la fabrication de ce vin pétillant et prestigieux.

Louis XIV, Roi « éclairé », en surnommant le divin nectar « vin du père Pérignon » n’avait-il pas déjà présagé de l’importance considérable qu’aurait ce moine dans l’Histoire de la Champagne ?

Cette question à laquelle il appartient à chacun de nous de répondre, nous renvoie au mystère de ce miracle de la nature révélé par l’esprit, le coeur et le travail d’un homme : DOM PERIGNON.

Lorsqu’il s’éteignit en 1715 Dom Pérignon avait accompli son oeuvre. Le mystique avait donné naissance à un mythe qu’il léguait à la postérité.

Ses nombreux fils « spirituels » ont su à travers les siècles pérenniser et faire évoluer cet extraordinaire héritage, sans jamais déroger à l’esprit du Père fondateur.

On révère encore aujourd’hui sa mémoire en Champagne, et chaque année le festival du vin à Hautvillers rappelle comme en écho l’oeuvre qui lui est attribuée.

MOET ET CHANDON

Une dynastie vouée au Champagne...

Peut-être pensiez-vous, à l’instar de 70 % des personnes interrogées pour un article paru dans la revue des vins de France, que le Dom Pérignon était une marque de champagne à part entière ? En fait il n’en est rien car Dom Pérignon est le nom de la plus prestigieuse cuvée millésimée élaborée et commercialisée par la société Moët & Chandon.

Cette confusion d’une majorité de français amateurs de Champagne est révélatrice de la symbolique qui entoure cette cuvée d’exception depuis plus de cinquante ans.

Moët & Chandon, Dom Pérignon, c’est l’histoire d’une idée commerciale de génie servit par un vin non-moins génial que je me propose de vous narrer, afin de vous faire mieux connaître ces deux noms qui tiennent lieu de référence dans le monde du Champagne.

Né en 1683, Claude Moët est le descendant d’une famille établie en Champagne depuis le XIV siècle. Il était négociant commissionnaire en vin et il fonda la maison Moët en 1743.

Sa succession fut assurée par son fils, Claude Louis Nicolas (1719-1792), puis son petit fils Jean Rémy Moët. Ce dernier, grand ami de Napoléon Ier donna à la maison Moët son véritable élan en ouvrant de nouveaux marchés, notamment en Angleterre, au cours du XIX siècle. Il céda l’entreprise familiale à son fils Victor Moët et à son gendre Pierre Gabriel Chandon.

La société Moët et Chandon était née.

En 1823, Pierre Gabriel Chandon entreprit de reconstituer le domaine de l’Abbaye d’Hautvillers que la révolution avait en quelque sorte nationalisé à vil prix. Le rachat des vignobles et des bâtiments fut achevé en 1825.

Dès ce moment Pierre Gabriel Chandon s’installa à Hautvillers et cette tradition fut maintenue jusqu’en 1940, date à laquelle la résidence familiale, décidément marquée par les affres de l’Histoire, fut détruite par un incendie.

Durant cette longue période qui dura près d’un siècle, une cuvée spéciale était à la disposition de la famille, pour honorer ses hôtes.

Cette cuvée, présentée dans une bouteille champenoise classique, avec habillage discret, fut baptisée Dom Pérignon en l’honneur du célèbre moine, par le Comte Paul Chandon Moët (1902-1967). Bien entendu la cuvée Dom Pérignon n’était pas encore commercialisée et, jusqu’en 1936, seuls les membres de la famille et quelques personnalités eurent le privilège de déguster le confidentiel nectar. A ce propos quelques noms illustreront mieux qu’un grand discours les prémices de ce que l’on peut considérer aujourd’hui comme une politique commerciale de créneau ciblée grand luxe.

De Napoléon Ier à Raymond Poincaré, en passant par le Tsar Alexandre Ier, les Rois de Prusse, Saxe, Bavière, le duc de Wellington, Charles X, Louis Philippe ou Napoléon III, autant de noms marquants qui inscriront au fil du temps la société Moët & Chandon à une place de marque et de prestige dans l’esprit et le coeur de tous les amateurs de Champagne.

D’UNE IDEE A UNE LEGENDE

L’idée de la mise sur le marché d’une cuvée spéciale dans une réplique d’une bouteille ancienne remonte à 1932, c’est-à-dire l’année même où le syndicat des marques, le « grand syndicat » comme on l’appelait à l’époque, avait organisé, avec la collaboration de la maison Moët & Chandon, de grandes fêtes à Hautvillers afin de commémorer le 250ème anniversaire des découvertes de Dom Pérignon.

Lawrence Venn, un journaliste anglais, qui était à l’époque conseiller du Syndicat des Grandes Marques pour la promotion du Champagne sur le marché britannique, eut l’idée, alors que l’on était en pleine crise internationale, de suggérer le lancement d’une bouteille spéciale contenant un vin d’une qualité tout à fait exceptionnelle et à un prix très élevé auprès des membres de l’aristocratie britannique.

Lorsque le président du Syndicat eut rejeté cette suggestion comme étant peu réaliste, le Comte Robert-Jean de Vogüé, gérant de la maison Moët & Chandon ayant en charge les affaires commerciales, prit sur lui de poursuivre, pour le seul compte de Moët & Chandon, l’étude de ce projet qui devait d’ailleurs aboutir rapidement.

C’est ainsi qu’en 1935, Moët & Chandon décida de commémorer le centenaire de son agence exclusive en Grande Bretagne, la Maison Simon Brothers de Londres. Robert-Jean de Vogüé rechercha alors les descendants des clients anglais les plus illustres figurant dans les vieux livres de compte de la maison et c’est ainsi que, la même année, 150 d’entre eux reçurent un panier en osier contenant deux bouteilles de Champagne identiques en tout point, tant dans leur forme que dans leur présentation, à celles qui avaient été livrées à leurs ancêtres au début du XIX siècle.

Les flacons du millésime 1926 étaient bouchés « à la ficelle » selon l’ancienne tradition, et les bouchons protégés par de la cire verte. Ils étaient en outre habillés d’une étiquette en forme d’écu, décoré de pampres par le graveur Deletan et utilisé par la société à l’époque du premier Empire. Elle préfigurait l’étiquette qui, un an plus tard, habillerait la cuvée Dom Pérignon.

Ces 300 bouteilles rarissimes, tant dans leur présentation que par la qualité de la cuvée qu’elles contenaient, connurent un succès considérable, non seulement en Grande-Bretagne mais également au Etats-Unis. En effet, certains riches américains avaient eu l’occasion de déguster cette fameuse bouteille, ou en avaient simplement entendu parler ; la demande vint donc des Etats Unis dès 1936.

Il fallut alors trouver un nom pour cette bouteille et c’est Robert-Jean de Vogüé qui décida de baptiser celle-ci Cuvée Dom Pérignon en témoignage de reconnaissance envers l’inventeur du vin de Champagne mousseux sans lequel les Maisons de Champagne n’auraient vraisemblablement pas vu le jour.

A noter pour la petite histoire que la Marque Dom Pérignon appartenait auparavant... à la Maison Mercier qui ne l’avait jamais exploitée et qui l’offrit à Moët & Chandon en 1927 lorsque Francine Durand-Mercier épousa le Comte Paul Chandon Moët. Mais revenons à notre Cuvée Dom Pérignon...

Le 27 novembre 1936, une première expédition de 100 caisses de Dom Pérignon, vintage 1921, quittait les celliers d’Epernay. Les vins étaient chargés alors à bord de paquebot Normandie qui quittait Le Havre le 2 décembre à destination de New York. Quelques riches clients d’Outre-Atlantique purent donc fêter Noël et le Nouvel An 1937 au Dom Pérignon.

Le succès de cette cuvée fut immédiat. Les quantités disponibles à cette époque étaient si faibles et les demandes si fortes, qu’il fallut - déjà ! - contingenter les livraisons. Voila comment, à partir d’une idée novatrice et d’un produit de qualité, venait de naître, plus qu’une grande cuvée de Champagne, un concept qui allait traverser et accompagner l’Histoire au fil des ans.

Malgré l’interruption des exportations durant la seconde guerre mondiale, la réputation du Dom Pérignon s’était répandue - sans doute par le bouche à oreille ! - dans le monde entier. En 1947, la demande émanant d’une élite internationale et de chefs d’état était si pressante que la Maison dut livrer cette cuvée rarissime à diverses personnalités Françaises et européennes puis, à l’ensemble des marchés mondiaux, mais toujours de façon très parcimonieuse étant donné sa rareté.

En 1962, MM. Robert-Jean de Vogüé et Claude Fourmon, directeur commercial, décidèrent de procéder à un premier tirage de 10 000 bouteilles de Dom Pérignon rosé. Celles-ci furent mises en réserve pour être servies éventuellement à l’occasion de manifestations exceptionnelles

L’événement ne se fit pas attendre. En mars 1969, une réception fastueuse fut donnée à New York en l’honneur du directeur de Schieffelin, importateur exclusif de Moët & Chandon aux U.S.A. L’accueil réservé à ce vin fut exceptionnel et ceci malgré un prix double de celui de Dom Pérignon blanc.

Fort de cet engouement, Moët et Chandon a continué, lors des grandes années millésimées qui suivirent, à effectuer des tirages limités de Dom Pérignon rosé dont le contingentement est encore de nos jours particulièrement strict.

Le succès du Dom Pérignon ne s’est jamais démenti au fil des années et n’a fait au contraire que s’accroître. Cette cuvée pourrait être désignée dans notre langage moderne comme une locomotive dont le prestige retombe sur la Champagne toute entière.

Cette réussite repose sur la combinaison de facteurs complémentaires qui n’appartiennent qu’à lui.

En premier lieu la création du concept d’un champagne de prestige, dont le Dom Pérignon fut le premier représentant dans le monde, ce qui l’éleva dans les palais, les coeurs, et les esprits, au rang de légende.-...ce que le souvenir laisse de la première fois, jamais la vie n’effacera...-

Mais ce concept si bon qu’il fut, n’aurait pu devenir légende, sans l’exceptionnelle qualité, la rareté et l’indéfectible constance de ce vin de Champagne, pétillant d’impatience, enfermé dans sa bouteille en attendant d’être dégusté.

La bouteille, écrin toujours inchangé, n’est pas étrangère à ce succès. Sa forme, inspirée de celles du Moyen-Age ainsi que la sobre élégance de l’étiquette en écusson qui la signe, offrent à ce mythe qu’est le Dom Pérignon une image connue et reconnue dans le monde entier.

Il y a cependant, au-delà de toutes ces considérations quelque peu grandiloquentes, une grande Dame à qui l’on se doit de rendre hommage.

Cette grande Dame, c’est la mère de ce Champagne, et cette mère porte un nom :

Madame LA CHAMPAGNE.

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